DES SUPERSTITIONS.
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râlement dans nos moeurs tout ce que nous lisons avoirété fait par des hommes Justes & Saints.
II. On s’expoferoit à la superstition du faux culte ,si on donnoit TExtrême-onction à des soldats quiiroient à Tassaut d’une place, ou à une bataille, où ilsgroit probable que plusieurs perdraient,la vie; à despersonnes qui feraient prêtes à faire naufrage, que l’onconduirait au supplice, qui iroient faire quelque voya-ge où il y aurait des dangers à essuyer; à des enfansqui n’auroient pas l'usage de la raison; ou à des fem-mes qui feraient en travail d’enfant.. Aussi cela est-ilexpressément défendu par le quatrième (a) ConcileProvincial de Milan. Le même règlement (b) est rapportédans le Concile Provincial d’Aix» (c) en 1585. LeRituel Romain (d) de Paul V. & presque tous lesRituels, modernes s’expriment dans le même sens. ' Ilsdéfendent auffi de donner TExtrême-onction (*) auxfoux & aux phrénétiques, qui n’ont aucuns bons in-,tervalles, &'qui vrai-femblablement pourraient fairequelque chose contre le respect qui est dû à ce Sacre-ment; aux impénitens, à ceux qui meurent dans unmanifeste péché mortel, tels que sont les usuriers, lesconcubinaires publics, lesduelistes, lorsqu'ils ne don-nent , ou qu’ils ne peuvent donner (pour avoir perdul'usage de la raison) aucun signe de repentir de leurspéchés; aux excommuniés & à ceux qui ne sont pasbatisés. Et ce ferait auffi une superstition du culte in-du , que de le leur donner.
III. Saint Irénée rapporte (/) que les sectateursd’un fameux Magicien, & hérétique, nommé Marc,rachetoient les morts en jettant fur leurs têtes de l’huirle & de T eau, ou en les lavant avec de l’eau, & enproférant certaines paroles obscures & ridicules, afin(disoient-ils) de les rendre incompréhensibles & in-visibles aux Princes & aux puissances des tenébres &que leur homme intérieur passât d’une maniéré invi-sible.
Saint Epiphane (g) impute la même folie aux Hé-racléonites, 8 c il assure que Héracléon leur chef l’avoitapprise du Magicien Marc, avec cette différence ce-pendant que Héracléon rachetoit les morts en vue deleur rendre la vie, ce que ne faifoit pas Marc ; quequelques-uns de ses disciples faifoient les mêmes con-jurations que Marc,mais qu’ils se servoient de suc,debaume & d’eau, & de certains noms particuliers; &qu’ils faifoient tout cela pour la même fin que Marcle pratiques, afin que ceux à qui ils le faifoient, étant
(a) Ën ces mots: Loc. supr. cit. Parochus Extrem*-unctionisSacramentum illisne ministret, nempe pueris rationis usu carenti-bus , mulieribus in partu laborantibus, ad bellum proficientibus,navigantibus, peregrinantibus, 8c iis qui mox ultimo suppliciomulctandi sunt.
(b) A la réserve de ces paroles : Mulieribus in partu laboran-tibus.
(c) Tit. Qu* perd. ad Sacram. Extr. unct.
(í/) Loc. sup. citatis. Non ministretur prxlium inituris, autmvigationem , aut peregrinationem, aut alia pericula subituris,aut rèis ultimo supplicio mox afficiendis, aut pueris rationis usum
non habentibus. .
(e) Siinfirmus, dum phrenesi, aut amentia laborat, verisimi-liter poíîèt quicquam facere contra reverentiam Sacramenti, noninungatur, nisi periculum tollatur omnino. Impœnitentibus veto,
8c qui in maniresto peccato mortali moriuntur, Sc excommunica-tis Sc nondum baptizatis, penitùs denegetur.
(f) L. 1. advers. b acres. c. >8. Alii sunt (dit cet ancien Pcrede l’Eglise) qui mortuos redimunt ad finem defunctionis, mitten-tes eoram capitibus oleum Sc aquam, sive ungentes cum aqua Scinvocationibus , ut incomprehensibiles 8c inviíibiles principibus8c potestatibus fiant,Sc ut est i'uperascendens super invisibilia inte-rior ipsorum , creatura mundi relinquatur.
(g) Hteres. 56. Eos qui moriuntur de ipsis (dit saint Epiphane )gt a d Ipsum vit® exitum devenerunt, accepta à Marco occasione ,non amplius velut ille (Marcus) redimit, sed aliter hic (Héracléon)rem tractat, redimens videlicet post finem vit* eos qui ab ipsoseducti sunt. Quandoque enim aliqui ex iplìs oleum aquâ mix-tum capiti defuncti immitfunt; alii veto unguentum, quod bal-sami succus dicitur, 8c aquam; invocationem tamen communemhabentes: velut etiam ante ipsum Marcus faciebat , cum quorum-dam nominum additamento . . - hoc autem fieront, ut hi quihas invocationes in vit* exitu accipmnt cum aqua & oìeo, autunguí’nto permixtis, incompteheníibiíes nant & ìnviubiles supe 1 "-nis principatibus ac potestatibus, ut invifibihter transgredi .furinternus ipsorum homo.
Tome II.
oints fur la fin de leur vie d’eau & d’huile, ou d’on-guent mêlés ensemble; devinssent incompréhensibles& invisibles aux puissances supérieures & q ue ] eu rhomme intérieur.passât invisiblement de cette vie à uneautre.
C’est peut-être de cette folle pratique qu’ëst venuela superstition de certaines gens qui se sont imaginésqu’on pouvoit donner l’Extrême-onction aux morts;Mais quoiqu’il en soit, cette superstition concerne leculte faux 8 c pernicieux. On ne conte plus les mortsparmi les malades, A. l’Extrême-onction ne se doitdonner qu’aux malades. Les'morts ne sont plus enétat de recevoir les effets de ce Sacrement. Les Chré-tiens sont comme, des Athlètes de Jesus-Christ, quiont besoin d’être oints de l’huile sainte pour combattrel’ennemi commun & lui résister; mais après la mortcette guerre cesse, & ils ne sont plus en état de com-battre cet ennemi, ni de lui résister.
Auffi le Synode de Bezançon (h) en 1575.dit qu’ortne doit point donner TExtrême-onction aux morts» &qu’on doit cesser d’oindre les malades, s’ils viennent àmourir dans le tems qu’on les oint. C’est ce qui a étérenouvelle dans (t) le recueil des Statuts ou Décréts Sy-nodaux du Diocèse de Bezançon, publiés depuis l’an1480. jusqu’à Tan r680. Le Rituel Romain de PaulV. & ceux qui ont été imprimés depuis, marquentauffi (k.) qu’il faut cesser d’oindre le malade , sitôtqu’on s’apperçòit qu’il est mort , 8 c celui de Bour-reaux de 1 ;z>6. dit aussi, que si le (/) malade meurt avantqu’on ait achevé les prières & les cérémonies de l’Ex-treme-onction, on doit auílî-tôt faire la recommanda-tion de son ame.
IV. On ne peut pas douter qué ce fìe soit une ac-ception criminelle des personnes, un faux culte, &une vaine observance, de ne vouloir administrer l’Ex-trême-onction qu’aux riches, & de la refuser aux pau-vres. Bien des gens néanmoins étoient autrefois danscette illusion. Les Vaudois (si nous en croyons Rai-nerius (m)) l’attribuoient même aux Catholiques, &ils rejettoient ce Sacrement, parce (disoient-ils) qu’onne je donnoit qu’aux riches, & qu’il falloir plusieursPrêtres pour l’administrer. Voilà pourquoi il a étéordonné par les Synodes & par les Evêques, d’admi-nistrer ce Sacrement aux pauvres comme aux riches in-différemment , qui ont atteint l’âge de quatorze ans ,qui le demandent , 8 c qui en ont besoin. Cela estévident par les paroles des Constitutions de RichardPoore, (n) Evêque de Sarisberi, de l’an 1217. ouenviron, par le Decret de Pierre de Colmieu, (0) Ar-chevêque de Rouen, puis Cardinal & Evêque d’Al-bane, de Tannée r245. Les mêmes paroles de ce De-cret fe trouvent dans le Synode de Bayeux de 1300.ou du Mans, comme porte un manuscrit que j’ai vuautrefois dans la Bibliothèque de feu Mr. le Feron ,Docteur de la Maison & Société de Sorbonne , &Chanoine de Chartres,mon bon ami. Cela paròit auffi
par
(h) Tit. de Sacram. Extr. unct. stat. Mortuo dari non dé-bet, sed si inter ungendura moriatur cefíandum est.
(1) Où il est dit: Cùm hoc Sacramentum mortuo dafi non de-beat, si inter ungendum *ger moriatur, ceflandum erit.
(k) Si dum inungitur infirmus décéds t, Presbytes ultra rtonprocédât.
(l) Si *ger ante officii absolutionem moriatur, fiat statìm ani.m* recommendatio, dicendo, Subvenitesaneli Dei, spc.
(m) L. contr. Waldens c. y. Sacramentum unctionis etiamreprobant, quia tantùm divitibus datur, & propter plures Sacer-dotes ibi neceflarios.
(n) C. 6 7. To. n. Concis Labb. Pr*cipimus quod monfréquenter populum Sacerdotes, in neceffitate videlicet „ neant:tantùm divites, sed pauperes, sénés & juvenes omnes ' & ”°àà I4 . annis8t supra, & omnibus petentibus & pcenitentibuTgm-tis exhibeant hoc Sacramentum m neceffitate, cùm fuerint humi-lités requifiti.
(0) Tit. de Extr. unct. Ad Sacramentum Extremat-unctionismoneant s*pe Sacerdotes populum , non tantùm divites . sedetiam pauperes, 8t omnes maxime à 14, annis & sipra,ut omni-bus communiter , cum fuerit necefíe, exhibeant fe paratos ^sanctum oleum ad eos cum magna reverentia defoentes Su ho-nore.
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