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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS.

particulièrement ceux qui font profession publique demaléfice ou de sortilège, portent quelquefois dans lesEglises, les Chapelles ou les Oratoires des Images deterre, de cire , de perles, ou de quelquautre mélan-ge , les batisent dabord au nom des personnes dont ilsVeulent gagner lamitié, fous linvocation du Diable,& avec les cérémonies que les Prêtres employent dansle véritable Batême des Chrétiens , en proférant cer-taines paroles déshonnêtes & abominables. Ils ouvrentquelquefois la poitrine de ces Images, & rendent leurcœur tout enflamé, ou les pressent si fort entre leursmains quils fe liquéfient ; simaginant que lescœurs des personnes de qui ils veulent être aimés ,brûleront, samoliront & sattendriront,ensorte quel-les seront enfin contraintes de les aimer à leurtour.

Les autres font des anneaux de jonc , ou de quel-que autre matière vile ou précieuse , & en raillant lesmettent dans les doigts des filles ou des femmes def-quelles ils veulent fe faire aimer , afin de jouir dellesplus aisément. Cest ce que condamne expressémentRichard Poore, Evêque de Sarisberi , dans ses Or-donnances (a) de lan izij.

II y a des filles qui mettent de . . . leurs amansdans le vin que leurs pères , leurs tuteurs ou cura-teurs , doivent boire , afin de les engager à consentirplus facilement au Mariage quelles ont envie de con-tracter.

Dautres font des Images de cire, ou de pâte, pourse faire aimer de ceux quelles ont dessein dépoufer,& en les faisant elles pratiquent certaines cérémoniesridicules , & disent certaines paroles impertinentes,quil nest pas à propos de rapporter.

Dautres portent fur elles des morceaux des souliers,ou de lhabit, ou des rogneures des ongles, des che-veux , des rubans , des lettres des personnes quellesaiment & quelles fouhaittent avoir en Mariage. II ya aussi des garçons qui font la même chose pour fe fai-re aimer des filles.

II sen trouve quelquefois dassez folles, qui pourêtre mariées dans lan & avoir un mari à leur gré,jeûnent six Vendredis & trois Mercredis de fuite , ouprennent de vieux doux tombés par hazard des fersd'un cheval dans un territoire étranger , en font faireun anneau le Vendredi pendant la Messe , disant surcet anneau l'Evangile de saint ... & tous les joursde lannée Pater mfter , & le portant au doigt de leurmain gauche.

Dautres (au rapport de Grillaud (b) , qui néan-moins traite cela de niaiseries & de tromperies d u dé-mon) pulvérisent du pouillot sauvage , le jettent dansle boire ou dans le manger de ceux de qui elles veu-lent être aimées , & le leur font prendre , se persua-dant quil a une vertu attractive & quil peut porterle cœur & la volonté de ceux qui le prennent , à ai-mer celles qui le leur présentent.

Souvent mêmes les garçons & les filles ne font pasde difficulté de se servir des choses les plus saintes &les plus sacrées pour faire des maléfices afin de sattirerde lamour. Grillaud ( c) nous en fournit divers ex-

maleficiand*, fub devotione 8c invocatione Diaboli, cum eisdemceremoniis quibus uti soient nostri Sacerdotes in ver o Baptisma-le : & adjiciunt qusedam verba turpia & nefanda ; quibus Itnagi-nibus quandoque aperiunt pectora 8c ipsorum corda ingenti calo-re ignita rcddunt: aut tantùm detinent quoad liquéfiant ; putan-tes quod eodem modò cor hominis maleficiandi lìmiliter adura-tnr, feu mollificetur , 8c obediens reddatur ad votum sortilegi,vel amantis.

(a) C. 55. Propter hoc ( dit-il ) prxcipimus ne quisquam an-nulum de junco , vel quacumque vili materia , vel pretiosa, jo-cando manibus innectat muliercularum , ut liberiùs cum eis for-nicetur : ne dum jocari se putat , honoribus Matrimonialibus íèadstringat.

(S) De sortileg. q. Z- n. if- 18. 8c r;. 8c q. p. a. n. i. Eo-dem ûiodò faciunt cum calamintha immixta aliis speciebus , 8ctradita in cibo vel potu. 8c q- 1 o dicunt illam esse naturae attracti-ve 8c quod poterit cor Scvoluntatem abíorbentis trahere ad amo-rem persone tradœtis.

(r) lbid.

emples qui peuvent fort bien suppliques àu sujet dontil est question,

Les uns (dit-il (d)) sont entrer dans la composi-tion, de ces maléfices de leau bénite quils prennentdans les fonts baptismaux , ou dans les bénitiers desEglises , les autres y mêlent des saintes huiles & dusaint chrême , des rameaux doliviers bénits, des ra-meaux du dernier Dimanche de Carême , des ciergesbénits , des slgnus Dei , de lencent béni, des mor-ceaux du cierge Paschal & choses semblables.

(e) Quelquefois ils prennent des Reliques des SaintsMartyrs (sils en peuvent trouver) comme par exem-ple , de leurs ossemens, de leurs cheveux, ou de leurshabits; quelquefois des morceaux de vêtemens lacer-dotaux, Sc d autres ornemens bénis , comme des au-bes , des purificatoires , des corporaux, des tumceî-les, des manipules , des étoiles blanches, des pierres& des nappes dAutels, des patènes, des mouchoirs,des calices & autres choses de même nâture. Ils mêlenttoutes ces choses ou une partie de toutes ces choses,dans leurs philtres , en faisant certaines prières & énproférant certaines paroles diaboliques, fans se mettreen peine s'ils profanent ainsi nos mystères sacrés, poufjouir de leurs infâmes plaisirs.

Quelquefois (dit-il encore (f) ) il y est á qui pren-nent une hostie, ou consacrée, ou non cortíacrée, fuslaquelle ils écrivent avec du sang certains caractères &certaines paroles , & font dire fur cette hostie une,deux , trois , cinq ou même plusieurs Messes, 8censuite ils la pulvérisent & la sont avaler dans le man-ger , ou dans le boire de la personne de qui ils veu-lent être aimés.

. H mpporte ensuite cinq faits, de la plupart defquelsil assure qu il a été lui-même témoin oculaire.

Le premier est d un Moins, qui prenoit une hostieconsacrée & en mangeoit la moitié en disant certainesparoles déshonnêtes & exécrables, puis il en envoyoitVautre moitié pulvérisée à une personne de qui il vou-loir être aimé , afin quelle Vavalât dans son boire oudans son manger.

Le second est dun autre , qui écrivoit avec dusang , quil avoit tiré du doigt annulaire de sa maingauche, certains mots,déshonnêtes fur une hostie nonconsacrée, quil mettoit ensuite fur la table de lAutelsous la nappe , faiíànt quelquefois dire par un mé-chant prêtre des Messes fur cette hostie avec des O-raisons qui tendoient à obtenir ce quil désiroit qui ar-rivât : puis il en mangeoit la moitié, & donnait lau-tre moitié , après savoir pulvérisée , à la personnedont il vouloir se faire aimer.

Le troisième est dune femme débauchée qui fit lamême chose à Rome. On trouva deux hosties dansson coffre , fur lesquelles il y avoit certaines parolesécrites avec du sang, & elle assura quelle les gardoit

à

(il) q. n. 13. Ipsi sortilegi admissent íaípiùs in iílis aquambenedictam, scilicet fontis Baptismatis , aut communis ampho-re existentis in Ecclesia, aut oleum sanctum Baptismatis, Chris,maris, aut Extreme-Unctionis , ramos olivarum benedictarum,ramos palmarum, candelas benedictas , íàcros Agnos Dei, thurabenedicta, cereos Paschales 8t his íimilia.

(f) Quandoque autem capiunt aliqua ex Reliquiis SanctoruraMartyrum , si habere possunt, scilicet particulas ossium , capillo-rum , vel vestium. Aiii autem capiunt frustula qusedam indu-mentorum Sacerdotalium, aliorumque panniculorum benedicto-rum , quibus sacra Mysteria venerantur , celebranturque , (ì Cutcamisie, purificatorii, corporalis, tunicelle, manipuli, amict- usstolse candidat , lapidis sacrati, mappe jltaris, patin*, sudorii 'calicis 8t similium; 8c ista omnia, vel istorum partem admiscerésoient in sortilegiis amatoriis , adhibitis eorum nefandiffimis pre-cibus 8c Diabolicis verbis , ad turpes libidinis actus tot Sacra-mentorum 8c aliorum factotum perpétrantes abusum '

(/) lbid n. >8. In his fréquenter admissent Sacramenta Ca-tholice Ecclehe, ut hoítiam consecratam, vel nondum consecra-tam. , fed circumscnptam notis 8t litterís santmineis, super quadici curant, quandoque unan}, duas, tres ouinque , vel plûtesMissas, quibus celebratis tradunt hofliam ipsain, non intégrant,prout est , fed in pulverem redactarn valde subtiliser , personemaleficiande, quam aíTumere faciunt in cibo, sicut in nienestra,vel m potu.

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