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exemple, ùne courtisane, un loup, une araignée, unpigeon , une cigale, un crapaut, une chèvre ; s’ilsvoyent voler du côté gauche , ou du côté droit unoiseau de saint Martin ; si en sortant du logis ils en-tendent le tonnerre de loin, si l’oreille droite leur tin-te ; s’ils saignent de la narine droite , ils s’acquittentau même tems de leur commiísion fans aucun scru-pule.
Toutes ces superstitions regardent la vaine obser-vance & la divination des évenemens, ou rencontres ;& on y peut rapporter la pratique de ceux & de cel-les qui se font dire leur bonne avanture ; les garçonspour savoir s'ils auront une bonne femme , une fem-me riche , sage , complaisante , de bonne humeur,&c. les filles pour savoir si elles auront des marisauffi bien conditionnés.
On peut auffi rapporter ce qui fe passe tous les ansà Charelles, qui est un village proche Soissons. Lejour de la Nativité de la sainte Vierge, qui est la fêtedu Village ? on publie dans l’Eglise après Vêpres,trois branles à danser pour les amoureux , à tant de li-vres de cire pour l’entretien du luminaire de TEglise ;chacun est reçu à son enchère, & à chaque enchère.Le Curé & le Chœur chantent sur le ton des Vêpresdu saint Sacrement le verset, Depofuit patentes de se de;& les amoureux s'imaginent que leurs amours neréuffiroient pas s’ils n’avoient enchéri, & si l’on n’a-voit point chanté pour eux.
Les Bramines qui habitent les côtes de Coroman-del dans les Indes Orientales , & les pays circonvoi-fìns , observent de semblables folies dans leurs maria-ges. „ Le Théâtre de l’idolatrie, ou la porte ouver-„ te pour parvenir à la connoissance du Paganisme ca-,, ché , par Abraham Roger Ministre de Pajiacatta,„ fur les mêmes côtes , nous le marque O) en cesy, termes. Quand un Bramine va pour chercher une„ fille pour son fils, il prend extrêmement garde aux„ signes qu’il rencontre, s’ils font bons, ou mauvais.„ S’il rencontre lin mauvais signe quand il va faire la,, premiere recherche, il la différera jufqu’à un autrer, jour ; & s’il rencontre pour la seconde fois un mau-,, vais signe , i\ différera encore jusqu’à une autre-,, fois : Sc si pour la troisième fois il fait rencontre„ d’un mauvais signe , il laissera entierement la de-,, mande du Mariage , estimant que ce feroit un mal-„ heureux Mariage. Mais pour ceux de la famille de,, Wensia , si quelqu’un nomme seulement un ser-„ pent le jour qu’ils'vont faire la premiere deman-„ de , ils le prendront pour un mauvais signe , ou„ mauvais augure ; mais s'ils voyent un serpent ce„ jour-là ils laisseront là l’affaire , & ne penseront ja-„ mais à mettre en exécution l’entreprise qu’ils avoient„ proposée ; car ils jugent de là que ce feroit un,, mauvais & malheureux mariage. CesWeinsia pren-,, nent auffi un demi Pagode , ou un demi ducat en,, or, qu’ils fondent, & si étant fondu il paraît clair,„ ils prennent cela pour un bon signe , & croyent,, qu’il est à propos de poursuivre le Mariage ; mais„ s’il paraît obscur, c’est un mauvais signe, & pour„ lors ils ne pensent plus à ce Mariage-Ià.
Voilà les extravagances où la curiosité engage lespersonnes qui font en peine de savoir ce qui leur arri-vera dans l’état du Mariage.
II. La brutalité ne les engage quelquefois pas dansde moindres folies.
Lorsqu’un garçon se veut faire aimer d’une fillequ’il veut épouser , ou une fille d’un garçon qu’elledésire d’avoir pour mari, combien en trouve-t-on quine se font pas une affaire de se servir de (i>) philtres,
(et) C. 8. Cet ouvrage a été refondu & abrégé par M. de laMartiniere > & imprimé dans les Cérémonies Religieuses de tousles Peuples Lcc. fous le titre de Dissertation fur les Moeurs letRe-ligioTî des HfûtfïïtfiQS*
(b) Dans les philtres on fait entrer , nous dit-on, ce que l’onappelle hippomanes , dont, l ai parlé dans une Remarque fur la pre-mière partie de ce Traite (V. tome prena. de ces Superstitions an-
S T I T I O N S.
ou maléfices amoureux , & d’autrés moyens supersti-tieux pour venir à bout de leurs desseins ?
Les uns prennent un os de mort tiré d’une fosse nou«vellement faite , le sont tremper un jour Sc une nuitdans l’eau , & font boire de cette eau aux person-nes qu’ils veulent avoir pour femmes , ou s’ils ne leuren peuvent pas faire boire , ils en jettent fur leurs ha-bits , dans la pensée qu’ils en seront aimés & qu’ils lesépouseront , quelque répugnance qu’elles ayent pourune telle alliance. Les autres mettent furtivement desmouches cantarides fous les nappes d’un Autel à fen-drait où le Prêtre place le corporal quand il dit laMesse ; ensuite ils prennent ces mouches, les pulvéri-sent , & en jettent dans de l’eau, du vin, du cidre,ou quelque autre liqueur , qu’ils font boire à la per-sonne qu’ils veulent avoir en Mariage, puis &c.
Les autres , ainsi que le rapporte Grillaud (c ),font des composés de feuilles ou de racines d’herbes,de métaux, de reptiles, de plantes , d’intestins & demembres d’oiseaux, de poissons, d’animaux, ou d’au-tres choses naturelles, & font ensuite certaines ligatu-res , qu’ils cousent dans la chemise, ou dans l’habit dela personne dont ils veulent être aimés ; ou qu’ilsmettent sous le chevet de son lit , dans la plume deson lit , ou dans son matelas, fous le seuil de la por-te , ou dans quelque autre endroit par où cette per-sonne doit passer.
Les autres (comme dit le même Auteur (d) ) &
par-
e'temes & modernes) de la cervelle de chat , de celle d’un anon,les os d’une grenouille verte, la matrice d’une hyene, l’oiseau ap-pellé Hoche-queue(MûWcii/a) 8c la liemore, ce petit poisson dontles anciens ont conté tant de merveilles. En voici une des plusremarquables. Periander, irrité contre les Gnidiens, envoya unVaisseau à Guide avec ordre d’y rendre Eunuques les enfans deshabitans pour en éteindre la race. Le Vaisseau fut retenu assezlong-tems en pleine mer par une Remore, pour être prévenu par unautre, qui portoit des ordres contraires. En mémoire de cet éve-nement on consacra une Remore à Venus Gnidienne. C’est doncparce qu’il a la prétendue faculté de retarder 8c de retenir, quel’on s’en sert dans les philtres. Quoi qu’il eu soit aujourd’huinous ne connoillòns d’autres remores fur mer que les vents con-traires , les calmes 8c les courans , que vraisemblablement les an-ciens ne connoislbient pas si bien que nous. En amojjr nous neconnoissons d’autres Remores qu’un défaut de faculté que l’ondoit attribuer à diverses causes physiques. fur lesquelles ceux quiont un peu de pratique peuvent bien s’examiner eux mêmes.Revenons aux philtres, que des personnes crédules 8c intereílëes,ou trop éprises d’amour employent pour charmer des filles ri-ches , ou pour s’en faire aimer íàns intérêt. On met entre cesmoyens plusieurs plantes odoriférantes 8c d’une qualité chaude,plusieurs sortes de racines 8c de plantes bulbeuses, diverses sortesde poissons 8cc. mais comme cela ne sauroit produire que des ef-fets incapables de fixer à une personne plutôt qu’à une autre, onaime mieux avoir recours aux écoulemens périodiques d’unefemme, dont une prise est un puissant Erotique , au nombril d’unenfant nouveau né, pris en boisson après avoir été séché Sc pul-vérisé , à la peau de ce même enfant, dont on fait du parcheminvierge puur y écrire des caractères, à des œufs trempés dans dusang de crapaut, à des os arrachés de la gueule d’une chiene affa-mée , à des rognures d’ongles , à des cheveux de la personneaimée , à des poils d’une certaine partie de son corps. Quand ona le bonheur d’en atraper , il faut, disent ceux qui donnent dansces fadaises , en avaler dans du vin blanc après les avoir hachésbien menu. Un autre philtre c’est de prendre une piéce de l’ha-bit de la personne qu’on veut contraindre d’aimer , de la cachersous son lit , ou sous le sueil de la porte par où elle doit passer ,après avoir prononcé fur cette piece de drap ou d’étoffe quelquesparoles particulières, ou fait certaines figures magiques. Un autrephiltre puiilànt , selon les Superstitieux , c’est la Mandragore,dor.t j’ai parlé dans les Remarques ubi fup.
En voilà, aísez fur les philtres , dont on pourroit donner unplus grand détail; mais qui ne serviroit peut-être qu’à ennuyer lelecteur.
(c) De sortileg. q. z. n. ry. 8c scqq. 8c q. y. n. ;. 8c az. Extracorpus ( dit-il ) live extra intestina fiunt maleficia amatoria per ali-quas mixturas compostas ex herbarum foliis vel radicibus , me ~tallis, reptilibus terra: , plumis , intestinis : membrisve avin m *piseium , vel animalium , aliarumve similium rerum naturasium,8c tune adhibent certas ligaturas , quibus hacc involuta conluuntin chlamide, vel tunica maleficiandi , vel abscondunt íub capitelecti, vel inter plumas , vel materatia , super q u *?P“ dormit,aut sub limine ostii, vel alterius loci , super q uo *P* e m alefician-dus vir transiturus, aut mulier traníìtura fit-
(d) Ibid. Quidam ex his (ce font fes propres termes) qui suntexpresse profeffionis , deferunt quandoque Imagines quasdam adsoca íàcrificiorum, terra, vel cerâ , aut gemmarum, seualidqua-vis mixturâ confectas > flasque baptizant prius nomine person*
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