M 8 des super
tendars de la cérémonie » les trompettes & les hauts-„ bois, qui font à la proue. La majesté du Sénat en„ pompe , le grand nombre d’étrangers & d’autres„ personnes rendent le Bucentaure une des plus belles„ choses que l’on puisse voir.
„ Ce superbe bâtiment part de la place de saint„ Marc au bruit du Canon, accompagné des galères,,, de plusieurs galiotes,de quantité de péotes,& d’un„ nombre infini de gondoles, &c. Lorsque le Bucett-„ taure est arrivé à l’entrée de la mer, les Musiciens„ chantent quelques motets, le Patriarche de Venise,„ qui suit dans une grande barque, bénit la mer, 8c„ le Bucentaure lui présentant la poupe, on abat le dos-„ fier de la chaise du Doge, lequel recevant du Maî-„ tre des cérémonies une bague d’or toute unie, qui„ péze environ deux pistoles & demie, la jette dans„ la mer par dessus le gouvernail, après avoir pronon-„ cé distinctement ces paroles ” : Dejponsamus te marenoflrum m fignum veri , perpetaique duetinii : ,, Nous„ t’épousons notre mer, pour marque de la véritable„ & perpétuelle domination quô nous avons fur toi.:„ L’on jette ensuite des fleurs & des herbes odo-„ rahtes fur la mer, pour couronner (dit-on) l’épou-,, fie , &c. , , .
,, Lorsque cette cérémonie est finie, le Bucentaure„ revogue dans les Lagunes avec le même cortège, &„ s’arrête à l’Eglise de saint Nicolas du Lido. . . le„ Patriarche y célébré une grande Messe , après la-„ quelle la Seigneurie rentre dans le Bucentaure & re-„ tourne ì saint Marc au bruit de l’artillerie & de la„ mousqueterie du Château du Lido, & de tous les,, vaisseaux qui font à l’ancre jusqu’à la place”.
Ce (a) mariage pompeux auroit tout l’air d’un cul-te indu & d’une vaine observance, s’il n’étoit autori-se de la présence du Nonce du Pape, du Patriarche,de l’Ambassadeur de France, du Doge, des Sénateurs,de la Noblesse & de toute la Ville de Venize, 8c d’uneinfinité d’étrangers qui y assistent.
Mais avec toute cette autorisation , qui póurroitdire que ce fût un Sacrement? Le mariage, & com-me Contrat civil, 8c comme Sacrement, a été in-stitué pour établir une société entre l'homme & lafemme. Or quelle societc peut-il y avoir entre unhomme & la mer? La mer peut-elle jouir de la fin& des biens du mariage ? Quel rapport entre unhomme vivant 8c la mer qui est inanimée? Enfin lamer n’est pas un sujet plus capable du mariage queles pierres & les arbres : & si c’est une superstition,dans la pensée de Delrio, (b) de batiser la mer, com-me font tous les ans certains Chrétiens Orientaux quila croient animée , ne semble-t-il pas auíïi que c’ensoit une que de l'épouser?
C’en feroit une en effet, si l’on croyois que cesépousailles sussent un véritable Sacrement. Mais com-
(a) Un Auteur moderne parle en ces termes d’un autre préten-du mariage du Doge. ,, Sa Sérénité épouse encore deux autres,, femmes, qui ne lui donnent pas plus d’embarras dans le mé-„ nage que la mer. Ce íont les Abbesses des Convens délia Vir-,, g'me 8 c de St. Daniel. Cette cérémonie se fait le jour de St.„ Philippe. Le Doge fe rend en grand cortège à ces Cou vens,,, qui font situés au Lido derriere l’arscnal. II est dans une piotte,„ accompagné des Ambaflàdeurs 8 c du Sénat. Le Prélat officiant„ le reçoit a l’entrée de l’Eglise ,, lui présente l’eau benite 8 c le,, conduit à la place qui lui est préparée dans le Chœur, où il as-„ siste à la grand’ Messe. Ensuite il se rend à la grille, dans la-„ quelle il y a une grande ouverture, où paroît l’Abbeflë avec les„ Religieuses. L’Abbesse adressant le discours au Doge, le íùp-„ plie de vouloir bien continuer d’honorer de fa protection elle Sc„ ses Religieuses. Le Doge lui répond qu’elle & toute là maison„ peuvent compter sur sa bienveillance. Il sort ensuite Sc passe„ au Couvent de St. Daniel, où il est reçu 8 c fait toutes les mê-,, mes choses qu’il a faites à la Vergine“. Voilà ce qu’on trouvedans certains Mémoires composés fur les Recueils de M. le Baron deíôllnitz. , tome a. p. jp 0 . de l’Edit de 173 p. Mais il est visibleque l’Auteur n’a voulu que plaisanter fur cette cérémonie; 8 ccomme à ce caractère de plaisant, qui régné un peu trop dans toutl’ouvrage, il faut ajouter beaucoup d’inexactitude dans des détailstraités quelquefois la toise a lu main je ne crois pas qu’on puiísegarantir absolument les citations prises dans des ouvrages de cetteelpece.
{h) Loc. cit.
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me elles ne le sauroient jamais être , il faut dire ,qu’elles ne font autre chose qu’une cérémonie pure-ment civile , qui marque le pouvoir que les Véni-tiens ont fur la mer Adriatique, qu’on dit leur a-voir été donné par Alexandre III. qui ne l’avoit pas;
6 que si elles s’appellent du nom de mariage, ce n’estqu’improprement & abusivement.
CHAPITRE VI.
Des Superstitions qui regardent le devoirconjugal.
Conseil du saint Apôtre touchant P usage duMariage. Le quatrième Concile de Car-thage ordonne aux nouveaux mariés de vi-vre dans la continence la premiere nuit deleurs noces s le Canon aliter, les deux oules trois premiers jours ; Théophile d’A-lexandrie les Samedis & les Dimanches - t& les Rituels les jours d"O raison , deJeune , des grandes Fêtes , quelquesjours devant la Communion & quelquesjours après. Ils peuvent cependant le de-mander & le rendre ces jours-là fans su-per ft ition & sans péché. Ce feroit un fauxculte , une vaine observance , & une ob-servance de s temS) de ne le vouloir ni de-mander , ni rendre certains jours particu-liers. Ce feroit aujft une vaine observan-ce de s'imaginer qu’il ne feroit pas permisà un mari infidèle , de le rendre à fa fem-me , fi elle étoit Chrétienne.
L ’Apôtre saint Paul (c) conseille aux personner ma-riées de s’abstenir de l'usage du mariage dans lestems consacrés à la priere, & comme porte encore leGrec, au jeune, afin qu’elles puissent vacquer avecplus de liberte a l’oraifon. Mais il veut que cela sefasse du consentement des parties intéressées dans cetteaction. „ Que le mari (dit-il) rende à fa femme ce„ qu’il lui doit, & la femme ce qu’elle doit à son„ mari. Le corps de la femme n’est point en fa puis-„ sauce, mais en celle de son mari, de même le corps,, du mari n’est point en fa puissance, mais en celle„ de fa femme. Ne vous refusés point l’un à l’autre„ ce devoir, si ce n’est du consentement de l’un &„ de l’autre, pour un tems, afin de vous exercer à„ l’oraifon: Et ensuite vivez ensemble comme aupa-,, ravant, de peur que le démon ne prenne sujet de„ votre incontinence pour vous tenter
Le quatrième Concile de Carthage (d) en 598. or-donne aux nouveaux mariés de demeurer dans la con-tinence la premiere nuit de leurs noces , afin de mar-quer par là le respect qu’ils ont pour le Sacrement deMariage & pour la bénédiction nuptiale qu’ils ont re-çue.
Le Canon Aliter, (e) demande encore d’eux quel-que
(c) I. Cor, 7.
(d) Can. 13. Sc refertur dist. r;. Can. Sponsus Sc Sponíà.Sponsus 8c Sponsa cum benedicendi sunt à Sacerdote, à parentibusfuis vel paranymphis offerantur. Qui cùm benedictionem acce-perint, eadem nocte, pro rcverentia ipsius benedictionis, in vir-ginitate permaneant.
(e) Causa 30. q. y. Conjugium (dit-il) su o tempore Sacerdo-taliter cum precibus Sc oblationibus à Sacerdote benedicatur, 8c aparanymphis, ut consuetudo docet, custodita 8c sociata uxor àproximis congruo tempore petita legibus detur, ac solemniter ac-cipiatur.: 8c biduo, vel triduo orationibus vacent 8c castitatemcustodiant. (Ces préceptes outrés étoient introduits dans le Chris-tianisme par des Ecclésiastiques, qui ne reconnoisibient pour vé-ritable Religion que des pratiques aster, communément hors de laportée de l’homme. Est il rien de plus naturel Sc de plus Inde-