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Superstitions anciennes et modernes, préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages & à des pratiques contraires à la religion / [Pierre Lebrun]
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DES SUPERSTITIONS,

que chose de plus , car il veut quils sabstiennentles deux ou les trois premiers jours de leurs noces, ducommerce du mariage. Ce quil a peut-être ordonnépour engager les nouveaux mariés à imiter le jeune To-bie & fa femme Sara, qui passèrent les trois premieresnuits de leur mariage en prières, parce que (dit le jeu-ne Tobie(<í)). Ceux qui connoissent Dieu ne doiventpas agir comme les autres qui ne le connoissent point.

Théophile Patriarche dAlexandrie, (b) étant inter-rogé, quels jours il étoit permis aux gens mariés du-ser du mariage, & quels jours il leur étoit défenduden user , répond dabord (c) conformément à ceq u'on vient de rapporter de lApôtre saint Paul, &décide ensuite, quils doivent nen pas user les Same-dis & les Dimanches, parce quon offre ces jours-le sacrifice spirituel au Seigneur.

La plupart des Rituels enjoignent aux Curés da-vertir les nouveaux mariés de se contenir en certainstems, comme aux jours de priere, de jeune, & desgrandes fêtes ; dautres désirent quils le fassent aussiquelques jours avant & quelques jours après la sainteCommunion. Le Missel Romain (d) Sc plusieurs au-tres Missels disent positivement : Que le Prêtre qui célébré la Messe pour les nouveaux mariés, les doit avertir de fe garder mutuellement la foi, & de de- meurer chastes au tems de la priere, 8 c aux jours de jeunes Sc des solemnités.

De tous ces témoignages on pourroít prendre oc-casion de croire, que ce seroit déshonorer le mariage8 c tomber dans la superstition du faux culte Sc de lavaine observance, que dc demander le devoir conju-gal , & de le rendre les jours de prières, ceux de jeu-nes , ceux de fêtes, les deux ou trois premiers jours,les deux ou trois premieres nuits des noces. Maiscette pensée ne seroit pas raisonnable. On doit rendreen tout tems le devoir conjugal,quand on le demandeSc quon na pas de raison légitime de le refuser. Tousles Théologiens en conviennent, parce que celui desmariés qui use du mariage comme dun remede, usedune chose qui lui est permise, Sc que celui qui enuse pour rendre ce quil doit, sait une chose qui luiest commandée. Mais quil y ait des tems il soitdéfendu absolument & sous peine de péché, de le de-mander & de le rendre, cest ce qui ne paroît par au-cune loi ni divine, ni humaine.

On peut fort bien suivre en cela le conseil de saintPaul, celui du quatrième Concile de Carthage, celuid u Canon Witter , celui de Théophile dAlexandrie,& celui des Rituels. Tous ces conseils font salutai-res , ils conduisent tous à une plus grande perfection,il est bon, il est avantageux de les garder , il y a dumérite à les garder. Mais ce ne sont que des conseils,dont lobservation est volontaire, & non des précep-tes , qui obligent sous peine de péché, & quon doitnecessairement observer : & il est bon de remarquer ,que dans les jours mêmes lEglise recommandentautrefois, & elle recommande encore aujourdhuila continence aux personnes mariées, ce doit tellementêtre dun commun consentement, que celle des deuxqui a le pouvoir & le dessein de fe conformer en celaà lefprit de lEglise, ne perd rien de son mérité de-vant Dieu en obéissant, & en rendant ce quelle doit;

pendant qúe les devoirs du Mariage? Et quand i! a été approuvé,béni, consacré par lEglise, Dieu a-t-il ordonné quelque partden suspendre les devoirs dans une circonstance, lhomme estplus que jamais soumis aux foiblesies de lhumanité.)

(a) Tob. 8. f.

(b) Apud Balíàmon. in Respons. Canoni. Theophili. lis quiMatrimonii societate junguntur, in quibusdam iéptiman* diebusproponere oportet ut à mutuo congressu abstineant, & etiam inquibusnam potestatem congrediendi habeant.

(c) Quod ante dixi, nunc quoque dico. Dicit Apostolus : Ne,, vos privetis, niíì forte ex consentir invicem ad tempus, ut vacetis orationi, & rursus eodem conveniatis , ne vos tentet Sathanas propter intemperantiam vestram Neceslâriò autemSabbatho & die Dominico abstinere oportet, quod spirituale sacri-íicium in eis Domino offertur.

(d) A la fin de la Messe pro sponso Sc sponsa.

Sc que même elle pourroit pécher grièvement si ellevouloit garder la continence sans le consentement delautre. Ainsi quel déshonneur pour le Sacrement ,quel faux culte , quelle vaine observance peut-il yavoir à demander, Sc à rendre le devoir du mariage ,dans les tems lEglise conseille simplement la conti-nence i II y auroit sans doute & du faux culte, & dela vaine observance Sc de lobservance des tems, si onne vouloit ni le demander ni le rendre â certains jours,par exemple, au Vendredi, parce quon croiroit quilen arriveroit quelque malheur, à cause que cest cejour- que le Fils de Dieu est mort, & que ce j our-la on ne doit soccuper que du souvenir de cette mort,& de la pensée des douleurs qui lont accompagnée, Scqui lont précédée.

Ce seroit aussi une vaine observance de simaginer ìque quand une femme embrasse la Religion Chrétien-ne, & se sait batiser, son mari demeurant infidelle, nepourroit plus consommer le mariage avec elle, sil né-toit batisé. LAuteur du fameux Roman dAmadisde Gaule (e) attribue à Orontie cette imagination. Orontie (dit il) sollicitoit le Prince Oriandre (Roi,, de Sardámire) de fe batiser, parce quelle disoit ne,, lui être loisible de venir à la consommation du ma-,, riage avec elle, jusquà-ce que, comme elle étoit batisée, il fut aussi batisé.

II y a bien dautres superstitions qui regardent ledevoir conjugal. Mais la matière est trop délicate, &il seroit à craindre que la pudeur ne sût intéressée dansT énumération qui sen pourroit faire.

CHAPITRE VII.

Des Superstitions qui regardent le nouëmentdaiguillette; ou lempêchement de rendrele devoir conjugal.

On ne fauroit avec fondement attribuer toutnouement d'aiguillette à la force de ïima-gination j & pourquoi ?Divers exemplesde ceux qui ont été affligés de ce maléfice.II j a plus de cinquante maniérés de nouerVaiguillette , fi on en croit ce que rapporteBodin.Plusieurs Auteurs expliquent lesmoyens par lesquels cela fie peut faire smais Ihonnêteté ne permet pas de les mar-quer ici. Ce maléfice n*est point imaginai-re , mais réel. Ceux qui le pratiquent ,ou qui le procurent font excommuniés parl'Eglise. Cefi une méchanceté damnable ,une afîion diabolique , un crime énorme &capital-t pour plusieurs raisons. Les ma-niérés les plus ordinaires de le commettre^fur tout dans le tems de la célébration desMariages.

L Es esprits forts Sc les libertins , qui donnent toutà la nature, & qui ne jugent des choses que parraison, ne veulent pas se persuader (/)que de nouveauxmariés puissent par lartifice & la malice du démon ,avoir laiguillette nouée, & être empêchés de fe rendrele devoir conjugal.

Févret, dans son Traité de P abus, (g} témoigne quaucuns ont voulu référer ce manquement acci- dentel à la force de limagination, qui disspe Sc transporte les esprits, en telle sorte que la faculté motrice & sensitive demeurant destituée de leur se-cours ,

(e) L. îo. c. 64.

(f) Presque tout le monde est aujourdhui éprit fort fur cetarticle.

(Z ) L - 5 c. 4. n. 5.

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