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j, cours, l’homme se trouve impuissant. C’est l’ima-,, gination (dit Michel de Montagne, liv. r. chap.„ 20.) qui engendre la défaillance, qui surprend les„ amoureux si hors de saison, & par la force d’une„ ardeur extrême les saisit de glace au giron même de,, la jouissance
Mais il réfuté ce sentiment de Montagne en ces ter-mes : „ II ne faut pas dire que l’effet de l’imagination„ brusque, impétueux, actif & passager puisse faire„ des impressions aussi fortes que le maléfice, qui est„ de longue durée & quelquefois perpétuel. Il y a„ grande différence entre cette foiblesse momentanée ,„ que ce transport de l’imagination nous cause , &„ l’impuissance qui provient aux mariés par les ar-„ tifices de la créature & du démon qui donne le,, charme”.
Il rapporte ensuite (a) divers exemples de ce malé-fice. ,, Les histoires (dit-il) font pleines de notables,, exemples de ceux que ces ligatures par maléfice a-,, voient rendus impuissans. Amasis fut lié en telle,, forte qu’il ne put jamais connoître fa femme Lao-», dicée. (Hérodote hifto. I. r.) Stilicon ayant fait é-„ poufer fa fille à Honorius fils de Théodofe , une,, sorcière leur noua l’aiguillette & empêcha qu’ils ne», pussent accomplir le mariage. (Sozomene 1 . 5.) La,, mere de Théodoric le charma si bien qu’il ne put», jouir d’Hermemberge fa femme”: Maleficiis Brune-childis Theodoricus Hermembergem non cognovit, ,, dit», Aimonius. Et Grégoire de Tours (lib. 10. c. 8.)„ rapporte d’Eulasius, qu’ayant enlevé d’un Monas-„ tere de Langres une fille, & l’ayant épousée , ses„ concubines l’empêcherent par charmes - d’accomplir,, le mariage”: Concubin*, ejus, inftigante ìnvidia i fen-fum ei oppilavermt. „ Qui voudra voir l’Histoire„ d’Efpagne de Rodericus Sanctius (Parte 4. c. 14.)», il trouvera le divorce de Pierre Roi de Castille &„ de Léon avec Blanche fa femme, provenant de ma-,, léfice, qui avoit tellement aliéné les affections du„ mari, qu’il ne pouvoit approcher, (b) non pas mê-», me voir fa femme; & dit cet Historien, que c’é-„ toit Marie de Padille , concubine du Roi , qui», avoit donné ce charme , par impression faite,, en l’imagmation du Prince. Ludovic Sfor-„ ce (c) énerva par sortilège son neveu Louis Ga-„ léace, afin que ne pouvant avoir d’enfans , il put,, plus facilement occuper l’Etat de Milan. Jean„ Comte de Bohême fut empêché par sortilège de,, connoître Marguerite fa femme ; ce qui lui donna,, sujet de fe pourvoir au Saint Siège en dissolution,, de mariage, par l’impuissance de son mari. (Chro-„ nie. silberii Argentin) Tous ces exemples joints à„ î’experience journalière font assés connoître, qu’il„ est aussi aisé par art magique de rendre un homme„ impuissant à l’acte du mariage, comme il est facile„ par sortilège, de nouer 1a langue, & ôter l'usage„ de la parole, arrêter en un instant la course des vî-,, tes chevaux, fixer & encheviller les rouages d’un„ moulin tournant, charmer le canon de l’arquebufe„ d’un chasseur, lâcher, ou arrêter le vent, & autres„ choses semblables que les Sorciers font à l’aide du,, démon”.
Bodin, qui étoit un homme de bon esprit, degrand sens, de grande érudition & de grande expérien-ce , & qui n’étoit point trop crédule, parle assés aulong de ce maléfice.. Voici ses propres paroles (d) :„ De toutes les ordures de la magie, il n’y en a point„ de plus fréquentes par tout, m de guéres plus per-so) Ibid. n. 6.
(6) Assurant ledit Rodericus, fieri ipsa dsemonis poteftate quandamfortem in imaginativa impreffionem , ex qua amor & concupiícen-tia viri ad unam mulierem applicatur, & ab alia aufertur.
(c) Voici comme en parle Paul Jo-ue : (Histor. 1 « .) JoannemGaleacium ac prxíèrtim Ilabeltae animos exulceravit, quod Ludo-vici opéra per Sagas, ipso nuptiarum die > magicis contaminibusac venefkiis, quibus fœcunditas impediretur , se pariter petitoselîè persuasum habebant.
(d) L. 2. de la Demonoman, c. 1.
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„ nicieufes, qu’à l’empêchement qu’on donne à ceut„ qui fe marient, qu’on appelle lier /’ aiguillette , jus-„ ques aux enfans qui en font métier, avec telle irn-„ punité & licence qu’on ne s’en cache point, &„ plusieurs s’en vantent, qui u’est pas chose nouvelle:„ car nous lisons en Hérodote (l. 2.) q U e le Roi„ d’Egypte Amasis, fut lié & empêché de connoître,, Laodicée fa femme, jusqu’à ce qu’il fut délié par„ charmes & précautions solemnelles. Et en cas scm-„ blable les concubines de Théodoric usèrent de mê-„ mes ligatures envers Hermemberge , comme nous,, lisons en Paul Emile, en la vie de Clotaire. Les„ Philosophes Epicuriens fe mocquent de ces mer-„ veilles, fi font-ils étonnés de ces noueurs d’aiguil-
lettes qui fe trouvent par tout, & n’y peuvent ja-„ mais donner aucun remede. C’est pourquoi du.„ Canon Si per Sortiarias, (e) on peut retirer quatre,, ou cinq choses notables. 1. Que la copulation fé,, peut empêcher part art maléfique, en quoi s’accor-„ dent les Théologiens & même Thomas d’Aquin„ fur le 4. 1 . des Sentences, dist. r.4. où il est écrit,„ qu’on peut être lié pour le regard d’une femme, &„ non pour les autres, & au dernier chap. de frigidis.,, r. Que cela fe fait par,un secret, & toutefois juste,, jugement de Dieu, qui le permet. 5. Que le dia-,, ble prépare tout cela. 4. Qu’il faut avoir recours„ à Dieu par jeunes & oraisons.
„ Or ce quatrième point est bien notable, d’autant,, que c’est une impiété de s’éforcer d’être délié par,, les moyens diaboliques comme plusieurs sont ; car„ c’est avoir recours aux diables & aux superstitions„ diaboliques. Encore est-il plus étrange que les pé-ri tits enfans, qui n’ont aucune connoissance des sor-,, celleries, en usent, en disant quelques paroles &„ nouant une aiguillette. Et me souvient avoir ouï„ dire à Riolé, Lieutenant général de Blois, qu’une„ femme à l'Eglise apperçut un petit garçon nouant„ l’aiguillette fur son chapeau, pendant qu’on épousoit„ deux personnes, & fut surpris avec l’aiguillette & s'en-„ fuit. Etant auffi à Poitiers aux Grands jours Substitut„ du Procureur du Roi l’an 1562.on m’apporta quel-,, ques procès de Sorciers. Comme je récitois le fait„ d’un procès à mon hôtesse, qui est Damoiselle en„ bonne réputation, elle discourut comme fort savan-„ te en telle science , en la présence de Jaques de„ Beauvais Greffier des Insinuations 8 c de moi, étant„ 'logés ensemble , qu’il y avoit plus de cinquante„ sortes de nouer l’aiguillette : l’une pour empêcher,, l’homme marié seulement , l’autre pour empêcher„ la femme mariée seulement, afin que l’un ennuyé„ de l’impuissance de fa partie , commette adultéré,, avec d’autres. Davantage elle disoit, qu’il n’y avoit„ guéres que l’homme qu’on liât. Puis elle disoit,, qu’on pourroit lier pour un jour,pour un an,pour,, jamais, ou du moins autant que l’aiguillette dure-„ roit, s’ils n’étoient déliés, & qu’il y avoit une tel-„ le liaison, que l’un aimoit l’autre , & néanmoins„ étoit haï à mort : l’autre moyen qu’ils s’aimoient,, ardemment, & quand c’étoit à s’approcher, ils s’é-,, gratignoient, battoient outrageusement, comme de„ sait étant à Toulouse on me dit qu’il y avoit eu,, un homme & une femme qui étoient ainsi liés, &„ néanmoins trois ans après ils fe r’allierent & eurent„ de beaux enfans.
„ Et ce que je trouve plus étrange est, que la Da-„ moifelle disoit que tandis que l’aiguillette demeu-„ roit nouée, on pouvoit voir fur icelle, qu’il y ve-,, noit des enflures, comme verruques, qui étoient,,, comme elle disoit, les marques des enfans qui f us *„ sent procrées, si les personnes n’eussent été nouées ;,, & qu’on pouvoit auffi nouer pour empêcher la pro-
,, création & non pas la copulation. Elle disoit en-„ core, qu’il y a des personnes qu’il est impossible
„ de
(e) 3J, q. I.