§44 Le Livre du Trevisan;écus , & vendis une Gardienne, qui mevaloit bien huit mille florins d’Aliemagne ,tant que tous mes Parens me déboutaient,Sc fus en moult grande pauvreté, & si n’a-vois plus guéres d’argent ; auffi j’étois javieux de soixante-deux ans & plus ; Etencore quelque misère que j’euííe , peineêc souffreté & uergoigne , qu’il me falloitlaisser mon Pars; me confiant toujours enla miséricorde de Dieu , qui jamais nedéfaut à ceux qui ont bonne volonté &travaillent, je m’en allai en Rhodes , depeur d’être connu, & là, toujours je cher-chois si je pouvois tiouver nuïly qui mepût conforter.
Et un jour trouvai un grand Clerc 8cReligieux , qu’on disoit qui sçavoit laPierre, 8í m’en allai à lui, Sc par grandepeine j’eus son accointance, & me coûtabeaucoup, & j’empruntai d’un Homme,qui connoiffoit les miens, bien huit milleflorins. Et voici comme il besoignoir. IIprenoit Or fin très-bien battu , & Argentfin très-bien battu, Sc les mettoit ensembleavec quatre parties de Mercure sublimé,Sc tout mettoit en fient de Cheval parbien onze mois, Sc puis distilloit à très-fort feu , 8c venoit une Eau, Sc au fonddemeurent une Terre, que nous calcinâ-mes à grand feu, 8c la cuisions par elle enson Vaisseau : Et l’Eau que nous ea avions