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PUBLICATION INDUSTRIELLE.
La mèche de coton filée aux bancs à broches est de nouveau soumise à l’actionde l’eau en plongeant dans le bac transversal, qui est placé entre les cylindres etles bobines. Elle passe ainsi mouillée, de ce bac à la première rangée de cannelés,puis successivement à la deuxième et à la troisième.
Or, le premier cannelé est surmonté d’un rouleau en fer ou en fonte, sensible-ment plus fort que d’habitude, et d’un assez gros diamètre pour faire pression parson propre poids, et par suite empêcher tout glissement dans l’étirage de la mèche.
La seconde rangée, celle intermédiaire, reçoit au-dessus un cylindre en fer, d'unpetit diamètre, que l’on peut réduire à 15 millimètres, par exemple, afin d’agir entoute liberté, et par conséquent de ne pas causer une pression sensible sur la mèche,dans son passage entre la première et la troisième colonne de cannelés.
Cette dernière, qui délivre la mèche ou le fil étiré, est surmontée d’un cylindreou rouleau garni sur toute sa surface d’une enveloppe en caoutchouc vulcaniséet recevant une forte pression par des contre-poids suspendus aux brides ou cro-chets.
Les règles d’étirage ou d’allongement restent les mêmes pour ce mode de filageau mouillé que pour la filature à sec ; on obtient d’excellents résultats avec unallongement de 1 à 6, dans les opérations relatives au deuxième degré ; et on peut,sans inconvénient, le pousser de 1 à 10 et même jusqu’à 12, dans les opérations autroisième degré.
Ce qu’il importe principalement de remarquer dans cette nouvelle applicationde filature au mouillé, c’est l’enveloppe en caoutchouc vulcanisé qui garnit le cy-lindre supérieur du troisième cannelé.
On sait, en effet, que dans la filature du lin, au mouillé, les cylindres de pres-sion, qui sont placés au-dessus de la première colonne horizontale de cannelés,sont comme ceux-ci des cylindres en cuivre cannelés, et de même, sur la colonnede devant, ce sont des cylindres cannelés en bois dur, engrenant également avecdes cylindres cannelés en cuivre. Or, cette disposition de cylindres étireurs est évi-demment beaucoup plus imparfaite que celle adoptée dans les filatures à sec pourle coton, où l’on emploie des cylindres garnis d’un drap moelleux recouvert lui-même d’une peau lisse en veau ; mais on a été naturellement amené à l’usage deces cylindres de pression en métal ou en bois dur, et cannelés, pour le filage dulin au mouillé, parce que l’eau ne permet pas l’emploi du drap ou du cuir commegarnitures de cylindres étireurs; car, outre que l’eau en mouillant le cuir l’allongeconsidérablement et le détériore en quelques heures de travail, la mèche mouilléecreuse tellement le cylindre que le laminage, après quelques aiguillées, devient im-possible. Il a donc fallu renoncer aux essais faits de cette manière.
Pour parvenir au but, on a donc cherché à substituer aux cylindres en bois can-nelés, aussi bien qu’aux cylindres couverts de cuir ou de drap, des cylindres depression garnis de tubes en caoutchouc vulcanisé. Cette substance, qui existe sousdifférentes formes dans le commerce, n’a jamais été appliquée jusqu’ici à la filatureau mouillé. Par l’application de ces nouvelles garnitures, qui sont inaltérables àl’eau qui les couvre, le nouveau système de filature de M. Motte-Bossut devientpour le coton, la laine et autres matières filamenteuses, non-seulement possible,mais même extrêmement simple et facile ; nous avons vu des échantillons qui pa-raissent réaliser, dès à présent, toutes les espérances qu'on en attendait.