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Tome onzième
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PUBLICATION INDUSTRIELLE.

inconvénients, dune part, sous le rapport des dangers dexplosion dans les fabri-ques, et dautre part, par les empoisonnements ou maladies dangereuses auxquelssont exposés les ouvriers par leffet de la dissolution du phosphore.

M. J. Preshel, de Vienne, au moyen dune disposition particulière et dun systèmede ventilation quil a établi dans ses ateliers, a diminué dune façon très-sensible lesmaladies occasionnées par la vapeur du phosphore, mais ces moyens nont pu quefaire disparaître la gravité du mal, qui de fait nen existe pas moins. Aussi, pour yremédier dune façon plus radicale, on a proposé lemploi du phosphore rouge,découvert en 1847 par le docieur Schrotter, secrétaire perpétuel de lAcadémie deVienne. Ce corps, quon désigne encore sous le nom de phosphore amorphe, sedistingue du phosphore ordinaire par un ensemble de propriétés. Ainsi, il ne produitni émanations nauséabondes, ni lueur dans un lieu obscur, il ne senflamme jamaisspontanément dans les conditions que lon peut rencontrer clans un lieu habité ouhabitable. Pour brûler, il lui faut au moins 200 degrés de chaleur, enfin il est com-plètement dépourvu de propriétés vénéneuses. Jusquici on ne connaît que le chloratede potasse avec lequel il brûle par frottement. Malheureusement, le mélange de cesdeux corps, soumis au frottement contre un corps dur et rugueux, produit une défla-gration bruyante et des projections de la pâte en pleine ignition qui peuvent entraîneravec eux toutes sortes de dangers.

De il ne résulte pas que le phosphore amorphe ne puisse pas remplacer le phos-phore ordinaire. Il a été présenté au Jury de lExposition universelle de 1885 desallumettes spéciales ne s'enflammant par la friction que pour autant qu'on lesfrotte sur une surface particulière. On sait que les allumettes ordinaires senflam-ment par la friction contre une surface dure quelconque. La pâte dont les nouvellesallumettes sont garnies renferme du chlorate de potasse, mêlé de matières combus-tibles et dun corps pulvérulent; la surface sur laquelle la friction se fait est recou-verte dun vernis contenant du phosphore amorphe disséminé dans une matière fortdure. Ainsi, la pâte de lallumette ne contient aucune trace de phosphore; ce corpsen est séparé et déposé sur une surface préparée ad hoc , distincte de lallumette,et qui lui en cècle une trace sous l'influence de la friction.

Toutes les objections faites contre lemploi des allumettes phosphoriques ordinairestombent devant ce système. La pâte dont le bout est garni peut être chauffée aune température presque égale à celle nécessaire pour la. destruction des bois,sans prendre feu, et, lorsquelle défia gre, elle ne produit pas de projection departies enflammées. La surface, enduite de phosphore rouge, supporte égalementsans senflammer une température supérieure à celle nécessaire pour détruire lesmatières combustibles. Ni la pâte, ni la surface ne prennent feu sous linfluence dufrottement. Ainsi, la pâte adhérente au bout de la tige, la surface sur laquelle il fautopérer la friction, présentent une égale sécurité. Le nom d 'allumettes de sûreté oude briquet de sûreté, quon leur a donné, est parfaitement applicable.

On voit donc quau point de vue théorique, absolu, le problème est résolu. La sub-stitution du phosphore rouge, inaltérable dans les conditions ordinaires et non véné-neux, au phosphore ordinaire, spontanément inflammable et vénéneux, est un faitdésormais possible, et on peut affirmer que, dans un avenir peu éloigné de nous, cecorps remplacera le phosphore ordinaire dans la fabrication des allumettes chimiques.