Band 
JPEG-Download
 

4 ET POLITIQUE . Liv. XIII. 515

fruit de cette inquiétude. Malheureusement elle fit ce qu’a toujoursfait, ce que fera toujours le monopole: Fambition d’un gain ex-cessif la rendit injuste & cruelle.

Les Hollandois, avertis de cette tyrannie, fe préfenterent avecdes vivres & des marchandises , qu ils ofFroient à des conditionsinfiniment plus modérées. On accepta leurs propositions. II fe formadès-lors entre ces républicains & les colons, une liaison dont il nefut pas possible de rompre le cours. Cette concurrence ne fut passeulement fatale à la compagnie dans le nouveau-monde , où elleFempêchoit de débiter ses cargaisons ; elle la poursuivit encore danstous les marchés de l’Europe, où les interlopes donnoient toutesles productions des istes Françoifes à plus bas prix. Découragéepar ces revers mérités , la compagnie tomba dans une inaction en-tiere, qui la privoit de la plus grande partie de ses bénéfices , fansdiminuer aucune de ses charges. Le sacrifice que lui fit le gouver-nement du vingtième qu’il s'étoit réservé, ne fut pas suffisant pourlui redonner de Factivité. Quelques intéressés pensèrent, qu'en ab-jurant les principes destructeurs qui avoient été constamment suivis,on pourroit rétablir les assaires : le plus grand nombre désespéra,malgré ses avantages, de balancer seulement des négocians parti-culiers aussi économes que ceux qu’on avoit pour rivaux. Cettepersuasion décida une révolution. La compagnie , pour éviter saruine totale, pour ne pas succomber sous le poids de ses engage-mens, mit ses possessions en vente : elles furent achetées la plupartpar ceux qui les conduifoient comme gouverneurs.

Boisseret obtint en 1649, pour soixante-treize mille livres, laGuadeloupe , Marie-Gaîande , les Saints, & tous les effets quiappartenoient à la compagnie dans ces istes : il céda la moitié deson marché à Houd, son beau-frere. Duparquet ne paya en 1650que soixante mille livres , la Martinique, Sainte-Lucie , la Grenade& les Grenadins : il revendit sept ans après au comte de Cerillacla Grenade & les Grenadins un tiers de plus que ne lui avoit coûtéson acquisition entiere. Malthe acquit en 1751 Saint-Christophe,Saint-Martin, Saint-Barthelemi, Sainte-Croix & la Tortue , pour

T tt 2