DES DEUX INDES. 447
poids de For aux Chinois, qui les regardent comme le premierdes cordiaux. On les conserve avec un soin extrême dans desboètes d’étain , pour qu’ils ne sèchent pas. Quand on veut lesemployer , on les broie fur un marbre avec des liquides conve-nables aux différentes maladies qu’on éprouve. Le bois d’aigle in-férieur , qui se vend au moins cent francs la livre , est porté enPerse , en Turquie & en Arabie. On l’y emploie à parfumer leshabits, & même dans les grandes occasions , les appartemens, eny mêlant de l'ambre. II a encore une autre destination. C’est unusage chez ces peuples, que ceux qui reçoivent une visite dequelqu’un auquel on veut témoigner de la considération , lui pré-sentent à fumer ; suit le café , accompagné de confitures. Lorsquela conversation commence à languir , arrive le sorbet, qui sembleannoncer le départ. Dès que l’étranger se lève pour s’en aller ,on lui présente une cassolette où brûle du bois d’aigle , dont onfait exhaler la fumée fous fa barbe, qu’on parfume d’eau de rose.
Quoique les François , qui ne pouvoient guère porter que desdraps , du plomb, de la poudre à canon & du soufre, à la Cochin-chine , eussent été réduits à y faire le commerce , principalementavec de l’argent, il falloit le suivre en concurrence avec les Chi-nois. Les bénéfices qu’on auroit faits fur les marchandises envoyéesen Europe, ou qui se seroient vendues dans l’Inde , auroient faitdisparoître cet inconvénient. Mais il n’est plus tems de revenirfur ses pas. La probité & la bonne-foi, qui font essentiellement labase d’un commerce actif & solide , disparoissent de ces contréesautrefois si florissantes , à mesure que le gouvernement y devientarbitraire, & par conséquent injuste. Bientôt on ne verra pas dansleurs ports un plus grand nombre de navigateurs , que dans ceuxdes états voisins dont on connoît à peine l’existence.
Quoi qu’il en soit de ces observations , la compagnie Françoisechassée de Siam , & n’espérant point de s’établir aux extrémitésde l’Asie , commença de regretter son comptoir de Surate , oùelle n’osoit plus se montrer depuis qu’elle en étoit sortie sans payerses dettes. Eile avoit perdu le seul débouché qu’elle connût alorspour ses draps, son plomb, son fer;. Le elle éprouvent des em-