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1. Tome premier [A - AKR]
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profession de ne rien savoir : mais sondoute ne tomboit que sur la Physique ,qu'il avoir d’abord cultivée diligemment,8c qu’il reconnut enfin surpaíìer la portéede Pesprit humain. Si quelquefois il parloirle langage des Sceptiques, c’étoit paf ironieou par modestie , pour rabattre la vanitédes Sophistes qui íe vantoient sottement dene rien ignorer,& d’être toujours prêts àdiscourir sur toutes sortes de matières.

Platon, pere 8c instituteur de PAcadémie,instruit par Socrate dans Part de douter ,& s’avouant son sectateur , s’en tint à famaniéré de traiter les matières, & entre-prit de combattre tous les Philosophes quil’avoient précédé. Mais en recommandantà ses disciples de se défier & de douterde tout, il avoit moins en vue de les laisserflottans & suspendus entre la vérité & Per-reur , que de les mettre en garde contre cesdécisions téméraires & précipitées, pour les-quelles on a tant de penchant dans la jeu-nesse , & de les faire parvenir à une dis-position d’esprit qui leur fît prendre des me-sures contre ces surprises de Perreur, enexaminant tout, libres de tout préjugé.

Arcésilas entreprit de réformer PancienneAcadémie , & de former la nouvelle. Ondic qu’il imita Pyrrhon , & qu’il conversaavec Timon ; de sorte que , ayant enrichiP époque, c’est-à-dire, Part de douter dePyrrhon, de l’élégante érudition de Platon,8c Payant armée de la dialectique de Dio-dore , Ariston le comparoir à la chimere ,& lui appliquoit plaisamment les vers oùHomere dit quelle étoit lion pardevant,dragon parderriere , 8c chevre par lemilieu. Ainsi Arcésilas étoit, selon lui, Pla-ton pardevant, Pyrrhon parderriere, &Diodore par le milieu. C’est pourquoi quel-ques-uns le rangent au nombre des Scep-tiques , & Sextus Empiricus soutient qu’ily a fort peu de différence entre sa secte,qui est la Sceptique , & celle d’Arcésilas,qui est celle de la nouvelle Académie Voy.les Scepticiens.

En effet, il enseignoit que nous ne sa-vons pas même si nous ne savons rien ;que la nature ne nous a donné aucuneréglé de vérité ; que les sens & l’enren-dement humain ne peuvent rien com-prendre de yrai; que dans toutes lez choses.

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il se trouve desxaisons opposeés d’une forceégale : en un mot que tout est enveloppéde ténèbres, & que par conséquent iífaut toujours suspendre son consentement.Sa doctrine ne fut pas fort goûtée , parce-qu’il vouloir éteindre toute la lumière dela Science, jeter des ténèbres dans Pes-prit, & renverser les son de mens de la Phi-losophie. Lacyde fut le seul qui défenditla doctrine d’Arcésilas : il la transmit àEvandre , qui fut son disciple avec beau-coup d’autres. Evandre la fit palier à Hége-sime , & Hégesime à Carnéade.

Carnéade ne siûvoit pas pourtant entoutes choies la doctrine d’Arcésilas, quoi-qu’il en retînt le gros & le sommaire. Celale fit passer pour auteur d’une nouvelleAcadémie, qui fut nommée la troisième.Sans jamais découvrir son sentiment, ilcom battoir avec beaucoup d’esprit & d’é-loquence toutes les opinions qu’on lui pro-posoit ; car il avoit apporté à Pctude de laPhilosophie une force d’esprit admirable ,une mémoire fideìe, une grande facilité deparler, & un long usage de la Dialectique.Ce fut lui qui fit le premier connoître àRome le pouvoir de Péloquence & le mé-rite de la Philosophie ; 8c cette florissantejeunesse qui méditoit dès-lors Pempire del’Univers, attirée par la nouveauté & l’ex-cellence de cette noble science, dont Car-néade faisoit profession, le fui volt avec tantd’emprefl'ement, que Caton, homme (Rail-leurs d’un excellent jugement, mais rude ,un peu sauvage , & manquant de cette po-litesse que donnent les Lettres , eut poursuspect ce nouveau genre d’érudition, aveclequel on persuadent tout ce qu’on vouloir.Caton fut d’avis dans le Sénat qu’on accor-dât à Carnéade, & aux Députés qui i’ac-compagnoient, ce qu’ils demandoient, 88qu’on les renvoyât promptement 8c avechonneur.

Avec une éloquence aussi séduisante itrenversoit tout ce qu’il avoit entrepris decombattre, confondoit laraison parla raisonmême, & demeurent invincible dans lesopinions qu’il sourenoit.Les Stoïciens, genscontentieux & subtils dans la dispute , avecqui Carnéade 8c Arcésilas avoient de fré-quentes contestations, avoient peine à fedébarrasser des piégés qu’il leur tendait,