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1. Tome premier [A - AKR]
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Aussi difoient-ils, pour diminuer fa répu-tation , qu’il n’apportoit rien çontre euxdont il fût l’inventeur, Sc qu’il avoir prisles objections dans les Livres du StoïcienChrysippe. Carnéade, cet homme à quiCicéron accorde l’art de tour réfuter , n’enu soit point dans cette occasion qui sembloitsi fort intéresser son amour propre : il con-venoit modestement que, fans le secoursde Chryiippe, il n’auroit rien fait, & qu'ilcombattoit Chrysippe par les propres armesde Chrysippe. \

Les correctifs que Carnéade apporta à ladoctrine d’Arcéíilas font très- légers. Il estaisé de concilier ce que difoit Arcésilas,qu'il ne se trouve aucune vérité dans leschoses, avec ce que difoit Carnéade , qu’ilne nioit point qu’il n’y eût quelque véritédans les choses, mais que nous n’avons;aucune réglé pour les discerner. Car il y adeux fortes de vérité ; l'une que l'on ap-pelle vérité d’existence , Pautre que son ap-pelle vérité de jugement. Or il est clair queces deux proportions ssAtcésilas & de Car-néade regardent la vérité de jugement:mais la vérité de jugement est du nombredes choses relatives qui doivent être con-sidérées comme ayant rapport à notre es-prit ; donc quand Arcéíilas a dit qu'il n'ya rien de vrai dans les choses, il a vouludire qu'il n'y a rien dans les choses quel’efprit humain puiste connoître avec cer-titude ; & c'est cela même que Carnéadeloutenoit.

Arcésilas difoit que rien ne pouvoit êtrecompris, & que toutes choses étoient obs-cures. Carnéade convenoit que rien ne pou-voit être compris; mais il ne convenoit paspour cela que routes choses fusient obs-cures , parce que les choses probables aux-quelles il vouloir que l'homme s'attachât,n'étoient pas oblcures, selon lui. Maisencore qu’il se trouve en cela quelque diffé-rence d'expreffion, il ne s'y trouve aucunedifférence en ester ; car Arcésilas ne foutenoit que les choses font obscures, qu’au-tant qu’eìles ne peuvent être comprises ;mais il ne les dépouillent pas de toute vrai-semblance ou de toute probabilité : c’étoit-là le sentiment de Carnéade ; car quand ildifoit que les choses n'étoient pas assezobscures pour qu’on ne put pas discerner

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celleâ qui doivent être préférées dans l'uésage de la vie , il ne prétendoit pas qu'ellesfussent assez claires pour pouvoir être com-prises.

Il s’ensuit delà qu'il n’y avoit pas mêmede diversité de sentiment entr’eux, lorsqueCarnéadepermettoîtà l'homme sikge d'avoirdes opinions, & peut-être même de donnerquelquefois Ion consentement ; Sc lors.

! qu'Arcésilas défendoit l'un Sc l’autre ,-Car-néade prétendoit seulement que l'hommesage devoir se servir des choies probablesdans le commun usage de sa vie , & sanslesquelles on ne pourroit vivre , mais nonpas dans la conduite de l’eíprit, Sc dans;ia recherche de la vérité , d'où seulementArcésilas bannisioit l’opinion Sc le consen-tement. Tous leurs différens ne consistoientdonc que dans les expressions ,mais nondans les choses mêmes.

Philon disciple de Clitomaque, qui l'avoitété de Carnéade , pour s'être éloigné furde certains points dés sentiments de cemême Carnéade, mérita d’être appelle avecCharmide, fondateur de la quatrième Aca~démit. Il difoit que les choses font com-préhensibles par elles - mêmes , mais quenous ne pouvons pas toutefois les com-prendre.

Antiochus fut fondateur de la cinquièmeAcadémie : il avoit été disciple de Philonpendant plusieurs années, & il avoit sou-tenu la doctrine de Carnéade : mais enfinil quitta le parti de ses Maîtres fur sesvieux jours, Sc fit repaster dans l'Académieles dogmes des Stoïciens qu'il attribuoit àPlaton, soutenant que la doctrine desStoïciens n’étoit point nouvelle, mais qu’elleétoit une réformation de l’ancienne Aca-démie. Cette cinquième Académie ne futdonc autre chose qu’une association de l’an-cienne Académie & de la philosophie desStoïciens ; ou plutôt c’étoit la Philosophiemême des Stoïciens z avec l’habit & leslivrées deTancienne Académie, je yeuxdire. de celle qui fut floriflante fous Platon& fous Arcésilas.

Quelques-uns ont prétendu qu’il n’y aeu qu’une feule Académie ; car, disent-ils,comme plusieurs branches qui sortent d'unmême tronc, & qui s’étendent vers distérenscôtés, ne font pas des arbres différens ;