E C C L E S I A S T E.
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Chap. I. fait sons le soleil, & j’ai vu que tout est vanité& tourment d’eíprit.
if. Ce qui est tortu ne peut se redresser,& les défauts ne se peuvent compter.i<5. J’ai parlé en mon cœur, & je me suis
* 1 . Rom. dit à moi-même : * je fuis devenu puissant,
L & je surpasse en sagesse tous ceux qui ont
régné avant moi à Jérusalem,* mon esprit aacquis beaucoup de sagesse & de science. 1)
* Eccl 2. 17. * Je me suis appliqué à connoître la fa-
i2. & 7. gesse, à démêler les erreurs & la folie 5 mais25 - j’ai connu que cela étoit aussi un tourment
d’esprit.
18. Car où il y a beaucoup de science, il ya beaucoup de chagrin, & celui qui acquiertdes connoissances augmente ses peines.
RÉFLEXIONS.
Le livre de FEcclésiaste, & ce chapitre en particulier,tend à nous instruire de la vanité & de l’inconttancedu monde, de l’incertitude de notre propre vie; ànous apprendre que tout y est dans un changementcontinuel, & que les peines que les hommes se don-nent pour les choies d’ici-bas, ne sauroient les rendreheureux. Nous ne devons pas moins être convaincusde ces vérités, que Salomon Fétoitj & le néant dumonde doit mèrne paroître encore plus sensible à ceuxqui sont éclairés par l’Evangile. II. est donc de la sa-geiíè, i lest de notre devoir, de nous souvenir sans cesseque tout est vanité, & de nous guérir par-là de Famourdu monde, & de Pattachement à nos passions. Lorsqueles biens & les plaisirs du íìecle nous attirent & nouscaptivent, songeons que le monde pajse avec sa convoi-tise i qtiil n y a que celui qui fait la volonté de Dieu , quidemeure éternellement. II faut, après cela, que cetteméditation nous engage à bénir Dieu de ce que nousavons, dans fa connoissance & dans fa crainte, un re-mede à cette vanité, à laquelle toutes choses font assu-jetties. Puisque la peine que les hommes prennent pourposséder les avantages de cette vie, & pour acquérir lasagesse de ce monde, n’est que chagrin & que folie,la prudence veut que nous nous appliquions à untravail plus utile & plus nécessaire, en tâchant d’ac-quérir la vraie sagesse, qui í’e trouve dans la crainte deDieu : elle feule peut nous faire jouir d’uu solide con-tentement & d’un parfait bonheur pendant le cours decette vie, & meme après notre mort.
CHAPITRE I I.
I. I. II. Salomon fait voir par son expérience la vanité de ce queles hommes ejliment le plus dans ce monde. II dit qua-près avoir cherché à fesatisfaire, par les plaisirs , parles richesses & par la magnificence , il a reconnu queII. 12. 2 6. tout ce7a k e ft q Uí vanité. Il ajoute , qu il porte le même
jugement de la conduite des hommes & de la peinequ ils se donnent , soit poitr acquérir la prudence & lasagesse mondaine , soit pour amasser des biens.
1. J’ai dit dans mon cœur : allons, queje t’éprouve maintenant par la joie, & jouisdu bien ; j’ai vu que cela est aussi une vanité.
2. J’ai dit touchant le ris, il est insensé,*& touchant la joie, à quoi sert-elle?
z. J’ai cherché dans mon esprit les moyensde me traiter délicatement 2), & d’apliquercependant mon cœur à la sagesse, & d’éviterla folie, jusqu’à ce que je susse ce qu’il estavantageux aux hommes de faire fous lescieux, pendant le tems de leur vie.
4. J’ai exécuté de grandes choses, je me
1) Vers. 16. Ce que Salomon dit ici ne regarde pas la vérita-ble sagesse, laquelle il recommande dans ce livre même : maisil parle de la sagesse & des sciences du monde.
2) Vers. 3. 11, y a dans l’hébreu: à attirer ma chair mon■ cçrps , dans le vin.
fuis bâti des maisons ; je me fuis planté des Chap. ILvignes.
f. Je me fuis fait des jardins & des ver-gers , & j’y ai planté toutes fortes d’arbresfruitiers.
6. J’ai construit des réservoirs d’eaux,pour arroser un parc planté d’arbres.
7. J’ai acquis des serviteurs, des servan-tes , des domestiques nés dans ma maison, &j’ai eu plus de gros & de menu bétail quetous ceux qui ont été avant moi à Jérusalem.
8. * J’ai fait aussi de grands amas d’argent * 1. Roìt& d’or, & des plus précieux joyaux des rois 9 * 2 8- && des provinces. J’ai eu des musiciens & des a °| 10, ^musiciennes, & tout ce qui fait les délices deshommes, une harmonie d’instrumens de mu-sique , même plusieurs harmonies de toute
forte d’instrumens.
9. Je me fuis agrandi, & me fuis accruplus que tous ceux qui ont été avant moi àJérusalem, & avec cela ma sagesse est demeu-rée avec moi.
10. Enfin, jen’ai rien refusé à mes yeuxde tout ce qu’ils ont demandé. Je n’ai épar-gné aucune joie à mon cœur ; il s’est réjouide tout mon travail, mais c’est tout ce quej’en ai eu.
11. Enfin, ayant considéré tous les ouvra-ges que mes mains avoient faits, & tout letravail auquel je m’étois occupé, j’ai recon-nu que tout est vanité & tourment d’esprit ;de sorte que l’homme ne tire aucun avantagede ce qui ejt sous le soleil.
12. * Ën suite je me suis mis à considérer * Eccl. 1.la sagesse, les sottises & la folie ( car qui est 17 ‘ & 7 *l’homme qui pourroit suivre un roi en ce qui
a été fait?)
13. Et j’ai reconnu que la sagesse a beau-coup d’avantage sur la folie , comme la lu-mière en a sur les ténèbres.
14. Te sage a des yeux à la tête, & l’insensémarche dans les ténèbres ; mais j’ai bien con- * psnuqu’un même accident leur arrive à tous. * 11.12.13.
if. C’est pourquoi j’ai dit en moi-même : ^il m’arivera comme à l’insensé. Que m’a-t-il u ’ 3 'servi d’être plus íâge? C’est pourquoi j’ai diten mon cœur que cela est aussi une vanité.
16. La mémoire du sage ne sera point éter-nelle, non plus que celle de l’insensé, parcsque dans le tems à venir tout fera déjà ou-blié, à pourquoi le sage meurt-il de mêmeque l’insensé ?
17. C’est pourquoi la vie m’a été ennuyeu-se, tout ce qui est sous le soleil m’a déplu ,parce que tout est vanité & tourment d’es-prit.
18. J’ai aussi haï tout le travail que j’avoisfait fous le soleil, parce que je le laisserai àl’homme qui sera après moi.
19. Et qui lait s’il fera maître de tout letravail auquel je me fuis occupé, & de ce quej’ai fait avec sagesse sous le soleil ? Cela estaussi une vanité.
20. C’est pourquoi j’ai pris la résolution den’eípérer plus rien de tout le travail auquelje m’étois occupé sous le soleil.
Li. Car il y a tel homme qui a travaillé