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PRÉFACE DE PERRAULT w.

' 6 - 8-3 •

On peut dire que le destin de l’architecture a été pareil en France à celuiqu’elle a eu autrefois chez les Romains ; car de même que cette nation belli-queuse , qui, dans ses commencements, semblait n’avoir d’inclination que pourles armes et pour le grand art de gouverner les peuples, devint enfin sensibleaux charmes de tous les autres arts ; ainsi la France, qui durant tant de sièclesn’a été possédée que de son humeur guerrière, a fait connaître de nos joursque les nobles inclinations de la guerre ne sont pas incompatibles avec les bellesdispositions qui font réussir dans les sciences.

Pendant que les Français se sont persuadés que les vertus militaires étaientles seuls talents qu’ils pouvaient faire valoir, et que les autres peuples avaientles sciences en partage , il ne faut pas s’étonner si leur esprit, quoique capabledes plus excellentes productions, est demeuré infertile ; ces peuples, accoutumésà vaincre, ont eu de la peine à s’appliquer à des choses dans lesquelles on leura fait croire que les étrangers devaient toujours les surpasser.

Cette opinion s’est d’autant plus aisément insinuée dans leur esprit, qu’ilssont naturellement enclins à présumer tout à l’avantage des étrangers} par ce

(i) Note des nouveaux Éditeurs. Une Préface in-dique presque toujours la pensée de l’auteur ou du tra-ducteur, et la manière dont il a entendu diriger sontravail. Nous avons donc religieusement conservé lapréface dont Perrault a fait précéder ses deux éditions

de Vitruve. Il sera aisé de reconnaître, dans le corps del’ouvrage, les petits changements que nous avons faitsdans la manière de réimprimer ; ces changements au-raient sans doute été opérés par Perrault lui-même.