> PREFACE
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sie qui empêche de souhaiter que leur bonté ne soit connue, aimée et possé-dée de tout le monde ; ce qui fait que je ne puis être du sentiment de ceux quitiennent qu’Épicure, Héraclite et Aristote ont été de cette humeur, et qu’ilsn’ont pas voulu qu’on entendît leur physique ; car si les Égyptiens et les chi-mistes métalliques ont toujours caché leur philosophie, c’est plutôt la honteque la jalousie qui les y a obligés.
D’autres écrivains, comme Gualterus-Rivius, qui a traduit et commentéYitruve en allemand, et Henry Wotton, qui a écrit sur l’architecture en anglais,ne se plaignent point de l’obscurité de Yitruve, mais seulement de la peinequ’ils ont à trouver dans leur langue des termes qui puissent exprimer ceuxemployés par Yitruve 5 et d’autres mettent, avec plus de raison, toute la diffi-culté dans l’intelligence des mots barbares et des manières de parler qui sontparticulières à cet auteur. Mais personne n’accuse le peu de connaissance quel’on a des choses dont il est parlé, sans laquelle il me semble que l’intelligencedes termes n’aide pas beaucoup ; par exemple, dans la description des portesdes temples, quand on saurait ce que signifie replum , on n’entendrait guèremieux quelle est la structure de ces portes, tant que la cîiose sera en elle-mêmeaussi obscure et aussi peu entendue qu’elle l’est, et je ne puis croire que ce quia arrêté tous les savants qui ont tâché de comprendre la catapulte soit l’incer-titude ou l’on est de la signification du mot camillum ? et de quelques autrestermes peu usités qui se trouvent dans sa description.
Il me semble donc que la difficulté qui se rencontre dans la traduction deYitruve vient de ce qu’il n’est pas aisé de trouver en une même personne lesdifférentes connaissances qui sont nécessaires pour y réussir j car l’intelligenceparfaite de ce qu’on appelle les belles-lettres, et l’application assidue à la cri-tique et à la recherche de la signification des termes, qu’il faut recueillir avecbeaucoup de jugement dans un grand nombre d’auteurs de l’antiquité, se trou-vent rarement jointes avec ce génie, qui, dans l’architecture de même que danstous les beaux-arts, est quelque chose de pareil à cet instinct différent que lanature seule donne à chaque animal, et qui les fait réussir dans certaines choses