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12 VITRLVE,

quil ne soit nécessaire dajouter ou de diminuer en changeant les proportions

pans et des acrotères, ainsi quil est dit au mêmelieu. On allonge aussi de même les statues qui sont pla-cées en des lieux élevés, et qui ne peuvent être vues quedu pied de lédifice sur lequel elles sont posées, afinque cet aspect ne les fasse pas paraître trop courtes etentassées ; et même pour cet effet on allonge et ongrossit les parties selon quelles sont plus hautes ; ensorte quen une figure qui, étant posée en lias, de-vrait avoir la tête dune huitième partie de sa hauteur,on ne donnera quune septième, et on lui fera lesjambes plus courtes elle corps plus long qu il 11e fau-drait si elle était autrement située, parce quon pré-tend que si elle avait sa véritable et ordinaire pro-portion , elle ne paraîtrait pas lavoir.

Mais tous les architectes et tous les sculpteurs necroient pas quil faille avoir toujours égard à ces rai-sons , et il y en a quelques-uns qui estiment que cesprécautions ne doivent être employées que rarement.Leur raison est que la vue nest pas si sujette à setromper autant que Vitruvc le prétend, non pas seu-lement parce quen effet la vue, de même que les au-tres sens extérieurs , 11e se trompe jamais, mais mêmeparce que le jugement de la vue, qui est le seul à quion puisse imputer les erreurs quelle commet, est pourlordinaire très-sûr et presque infaillible quand unelongue habitude et une expérience aussi souvent réi-térée quelle lest à un âge parfait a tant de fois corrigéles premières erreurs, quon ny retombe que rarement.Car, en effet, il narrive guère à personne davoir peurque le plancher dune longue galerie lui touche à latête quand il sera au bout, il le voit abaissé jus-quau droit de son front; et on nest point en peinecomment on pourra passer par une porte que de loinon couvre tout entière avec le bout du doigt. Car lajustesse de ce jugement est telle que, si les muraillesdune galerie qui, étant parallèles , paraissent néan-moins sapprocher vers les extrémités, sont quelquepeu élargies, on sen aperçoit, ou, si le pavé avaitune pente vers le bout, il paraît ordinairementsélever, quoiquil soit de niveau , il 11y a personnequi ne le reconnût.

On juge aussi assez bien si un visage est rond ousil est long , quoiquon le voie à une fenêtre haute, etun corps grêle en cet endroit ne paraîtra point trapu,

ni celui qui est dune stature extraordinairementgrande ne sera jamais pris pour un nain. Mais cequ'il y a de plus considérable est que la certitude dece jugement est une chose que tout le monde a sansy penser, quoiquelle ne puisse sacquérir que parplusieurs réflexions du sens commun , dont loffice estde se réfléchir sur les actions des sens extérieurs;car cest par le moyen de ces réflexions et du juge-ment du sens commun que nous ne prenons pas uneétincelle de feu pour une étoile, ni une feuille depapier pour un grand mur blanc, ni un ovale pourun rond, ou une fenetre longue pour une carrée,lorsque la distauce et la situation de ces objets lesdisposent à paraître autres quils ne sont. La raisonde cela est que le sens commun ajoutant incontinentà limage qui est dans lœil les circonstances des cho-ses quil connaît, telles que sont léloignement et lasituation de son objet, et la grandeur des choses aux-quelles il le compare, empêche que ces images nesoient prises lune pour lautre ; car en effet les ima-ges dune étincelle et dune feuille de papier, lorsqueces objets sont proches , sont fort peu différentes decelle dune étoile ou dune muraille blanche quandlune et lautre de ces choses sont éloignées ; tout demême quun ovale et un carré oblong qui sont vusobliquement et de loin font le même effet dans notreœil quun rond ou quun carré parfait lorsquils sontvus directement. Cela arrive de la même manièredans la vue et dans l'ouïe que dans toutes les autresactions dans lesquelles lusage et laccoutumance nousdonnent une habitude et une telle facilité que nousfaisons cent choses qui sont nécessaires pour les ac-complir, sans songer que nous les faisons ; comme ilparaît lorsque lon joue sur le luth une pièce que lona apprise. Car alors, sans songer à choisir les cordesque lon pince, et sans penser aux différentes touchessur lesquelles les doigts doivent être posés, et biensouvent sans faire réflexion sur ce que lon fait, onjoue fort correctement celte pièce. Tout de même,sans cpie nous songions aux règles de la perspective ,et sans que notre imagination examine expressémentles raisons et les différents effets de léloignement, quidépendent de létrécissement des angles que formentles lignes visuelles, et cle laffaiblissement des teintes