LIVRE VI.
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cieux qu’ils n’étaient chez les anciens. Le compluvium , chez eux, occupait, au milieu de la cour,un espace de dix ou douze pieds, tandis que celui de Perrault en occupe plus de cent dans unecour très-vaste. Il suppose qu’on y descend des galeries par cinq degrés, au lieu que dans lescours de Pompeïa on y descend par un seul degré, puisqu’il n’a qu’un pied d’enfoncement.
Ceux qui interprètent les ouvrages des anciens ont le défaut de ne se reporter jamais autemps où. ces auteurs écrivaient : les Grecs et les Romains avaient beaucoup d’usages domesti-ques qui sont perdus, changés et même oubliés. On veut expliquer ce qu’en disent les auteurspar nos usages modernes, qui sont tres-dîfïerents; cela fait qu’on se trompe ou qu’on est obligéde bistourner, pour ainsi dire, le texte, pour le rendre conforme à notre idée. Perrault, habi-tué à travailler pour Louis XIV, ne voit que des cours semblables à celles de nos palais ounos grands hôtels, dans lesquels deux ou trois carrosses peuvent tourner à leur aise.
Les cours des anciens n’étaient pas comme celles-là : suivant leur dénomination, cava œdium ,c’était la partie cave, le creux ou le vide de la maison, qui servait à donner de l’air et du jourdans l’intérieur^ et à recevoir les eaux de pluie qui tombaient des toits. Toutes celles que j’aivues à Pompeïa sont très-petites ; on s’en ferait une idée bien fausse si on les comparait aveccelles de nos grands hôtels. Elles n’ont pas plus d’étendue que celles qui se trouvent dans l’in-térieur des maisons bourgeoises ; et, comme celles-ci, elles ne servaient que pour les gens àpied. Les quadriges des anciens, quoique bien plus petits que nos carrosses, n’auraient pu yentrer. Les bâtiments qui les entourent sont très-peu élevés5 ils n’ont que le rez-de-chaussée;dans les murs de la galerie sont les portes des appartements. On y voit aussi quelques petitesouvertures assez élevées, qui étaient les fenêtres, qui ne ressemblaient pas aux nôtres. Il paraîtque les Romains, dans l’intérieur de leurs maisons, préféraient l’obscurité à la lumière, sansdoute pour éviter la chaleur. Ils ne prenaient jamais non plus de jour sur la rue; mais toutesleurs fenêtres étaient dans l’intérieur : ainsi ces toits avancés garantissaient de la pluie lesportes et les fenêtres, et empêchaient les rayons du soleil de pénétrer dans les appartements.
Les gravures de Galiani nous donnent une idée assez exacte de ces cours des anciens. Il lesreprésente très-petites; sans savoir précisément ce qu’était le compluvium , il le représente aumilieu de la cour, comme étant l’espace où tombait l’eau des pluies ; mais il n’indique pas l’en-foncement.
Perrault, au conti’aire, représente ces cours entourées de grands bâliments, ayant un étageau-dessus du rez-de-chaussée, avec de grandes croisées, tant dans le bas que dans le haut, sem-blables à celles de nos plus grands hôtels. On ne voit rien qui ressemble à cela dans les bâti-ments qui ont été découverts jusqu’à présent à Pompeïa. Il est vrai qu’on n’a découvert qu’unerue et un quartier, qui se trouvaient l’un et l’autre aux extrémités delà ville, et faisaient pres-que pai'tie des faubourgs. Ce n’est pas là où se trouvent ordinairement les grands édifices. Il sepeut que, quand on dirigera les fouilles vers le centre de celte ancienne ville, on découvrirades édifices plus considérables. Mais, d’après la hauteur que Vitruve assigne dans le chapitresuivant aux galeries qui entourent les cours, je suis persuadé que les cours des plus grandesmaisons ne seront pas beaucoup plus vastes que celles des maisons des faubourgs. Puisque lahauteur de ces galeries jusqu’au faîte du toit doit égaler toute la longueur de la cour, on sentque cette hauteur pouvait devenir excessive si les cours avaient été un peu grandes, et qu’il se-