LIYRE X.
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CHAPITRE II.
DES MACHINES AUX TEMPLES ET AUX OUVRAGES PUBLICS.
Nous traiterons en premier lieu des machines qui sont nécessaires pour la con-struction des temples et pour les autres ouvrages publics : voici comment onles fait. On prend trois pièces de bois proportionnées à la pesanteur du fardeauque l’on veut élever ; on les joint ensemble par le haut avec une cheville ;ensuite on les dresse, et on les écarte par le bas. Le haut, lié par des cordesque l’on attache tout autour pour retenir et affermir la machine,' soutient unmoufle (1), appelé par quelques-uns rechamus (2), dans lequel on met deux pouliesqui tournent sur leur axe. Le câble qui doit tirer ayant été passé sur la poulied’en haut, on le fait passer ensuite sur une autre poulie, qui est dans un moufleplacé inférieurement; ensuite on le fait revenir passer sur la poulie qui est au
(1) Le mot trochlea est ici ce que nos ouvriers ap-pellent un moufle. Ce nom, tant en latin qu’en fran-çais , est donné à toute la machine, à cause de l’unede ses parties : car trochlea en latin , ou trochalca engrec, signifie proprement une poulie, qui est appelée,dans le texte de Vitruve, orbiculus. Or le nom d’or-liculus , aussi bien que celui de irochlea , qui signifieune roue, convient mieux aune poulie qu’au moufle,qui est carré, et qui enferme les poulies dans lesmortaises. Le mot moufle , selon son étymologiefrançaise, ne convient aussi qu’aux poulies dont lemoufle est composé, et qui sont appelées moufles àcause de la ressemblance qu’elles ont avec la bouchequand les lèvres sont beaucoup relevées et avancéesen dehors ; ce que l’on appelle vulgairement en fran-çais moufle ou moue.
(2) Ce mot, qui signifie la même chose que tro-chlea et moufle, ne se trouve que dans Vitruve : c’est
une des deux parties du moufle, qui est divisé ensupérieure et en inférieure. Ces moufles sont des mor-ceaux de bois dans lesquels il y a des mortaises où lespoulies sont enchâssées. L’effet de cette machine estque l’un des moufles étant attaché au haut de l’en-gin, et l’autre au fardeau , la corde qui le doit leverproduit son effet en faisant approcher les mouflesl’un de l’autre ; et elle facilite l’élévation du fardeau,par la raison que par les deux replis que la corde faitsur les poulies des moufles, il arrive que la corde quidescend au moulinet fait le double du chemin qu’undes moufles fait en approchant de l’autre , et par con-séquent elle n’a besoin que de la moitié de la puis-sance qui serait nécessaire , si elle ne passait que surune poulie, et si la descente de la corde vers le mou-linet était égale à la montée du fardeau. Cette ma-chine est représentée par la figure 1 de la plan-che LXXXIII.