232 YITRUYE,
Toutes ces machines qui ont été décrites ici sont utiles non seulement à ceque nous avons dit, mais même à charger et à décharger les navires. Pour s’en
trois pieds. Le polyspaste , qui n’est appuyé que surun, pouvait être incliné de tous les côtés, et, par cemoyen, poser les fardeaux aux endroits vers lesquels onl’inclinait ; mais il était très-difficile à manier, ainsique Vitruve en avertit au commencement du chapitre :car pour faire pencher et tourner à droite et à gauchela poutre qui soutient le fardeau , il fallait lâcher oubander les aubans qui la retenaient des quatre côtés;et d’ailleurs ces aubans embarrassaient beaucoup :car enfin , pour les faire agir , il était nécessaire detirer encore avec plus de force que pour élever lefardeau même, parce qu’il fallait lever et le fardeau etla machine ; de sorte qu’il aurait été besoin pour tirerchaque auban d’y mettre des moufles pareils à ceuxqui sont à la poutre pour élever le fardeau.
Notre grue est bien plus commode, car, après avoirélevé le fardeau par le moyen du treuil E, autour du-quel le câble s’entortille lorsque l’on fait marcher leshommes qui sont dans la roue F, on le peut aisémentposer où l’on veut, par le tournoiement de la partiemobile de la machine marquée C, C, B, B, D, que l’onappelle le gruau, et qui est soutenu sur un seul pivotau haut de la colonne A A. Cette partie mobile estcomposée d’un long arbre C B D D, posé obliquementsur la colonne A, A, et affermi par les écharpes quedes moises lient et assemblent. Ces moises sont jointespar des boulons et des clavettes de fer , ainsi qu’il sevoit dans la moise B , B , qui est jointe par quatreboulons à la moise H, H ; l’une et l’autre moise étantentaillées en plusieurs endroits, tantôt en rond, pourformer le trou G, qui embrasse le haut de la colonne ;tantôt en carré et obliquement pour embrasser le grandarbre et la grande écharpe. PI. LXXIV, fig. 1 et 2.
A l’imitation de la grue, j’ai inventé deux machinespour élever les fardeaux ; la première se fait par lemoyen de celui de tous les organes qui est réputé leplus avantageux dans la mécanique pour faciliter lemouvement, parce qu’il est exempt de l’inconvénientqui se trouve dans tous les autres, qui est ce que nousappelons le frottement des parties de la machine quirendent son mouvement plus difficile. Cet organe estle rouleau, qu’Aristote préfère à tous les autres or-ganes, parce que tous les autres, comine les roues, les
moulinets et les poulies , frottent nécessairement par-quelque endroit. Mais la difficulté était d’appliquer lerouleau à une machine qui élève les fardeaux , sonusage n’ayant été jusqu’à présent que pour les fairerouler sur un plan à niveau. La machine que je pro-pose a une base A A B, à peu près comme la grue ;cette base a par en haut des moises B, qui embras-sent un arbre C, O, qui est posé droit sur son pivot O,sur lequel on fait tourner la machine, de même quela grue quand on veut poser le fardeau. Cet arbre sou-tient par en haut un travers D, D, auquel sont atta-chés les câbles E, E, qui s’entortillent autour dutreuil ou rouleau F, qui a un autre câble G , qui estaussi entortillé à l’un de ses bouts : ce dernier câbleest celui qui élève le fardeau. A l’autre bout du treuilil y a une grande roue de bois en forme de poulie HH,à l’entour de laquelle une longue corde N est en-tortillée. Même planche, figure 3.
Pour faire agir la machine on tire la longue corde N,qui, faisant tourner la grande poulie, fait aussi tournerle treuil F, qui y est attaché. Ce treuil en tournantfait que les câbles E E s’entortillent ; et cet entortil-lement fait que le treuil et la grande poulie montent,et qu’en même temps le câble G, auquel le fardeauest attaché, s’entortille aussi d’un autre sens sur letreuil, et ce double entortillement fait monter lefardeau en même temps que le treuil monte. Or, ilest évident que toute cette élévation se fait sans querien frotte, et que par conséquent toute la puissanceque tire le câble N, est employée sans empêchement,ce qui n’est point aux autres machines. On peut ob-jecter que la puissance qui agit en N doit, outre lefardeau, lever aussi le treuil et la grande poulie , etque leur pesanteur est de ces obstacles qu’Aristote ditse rencontrer dans toutes les machines, et qu’il vautbien le frottement qui est dans les autres machines.Mais la réponse est que le frottement est un obstacleinévitable dans toutes les autres machines , et qu’ilest aisé d’apporter remède aux obstacles qui sont danscelle-ci, ce qui se fait par le moyen du poids M, quel’on rend égal à la pesanteur du treuil et de la grandepoulie, qui sont élevés et soutenus par la corde I, I,laquelle, passant sur les poulies L L, est attachée à