LIVRE X. 329
On voit, d’après cela, que pour la défense des places l’esprit et l’industrie fontautant que les machines.
La même chose arriva aux habitants de la ville de Chio, lorsqu’on les vint as-siéger avec des machines appelées Sambuques (4), posées sur des vaisseaux; carceux de la ville ayant jeté pendant la nuit quantité de terre, de sable et depierres dans la mer, qui battait leur muraille, lorsque les ennemis pensèrentapprocher le lendemain, leurs navires échouèrent sur ces bancs, et s’y engra-vèrent tellement, qu’il leur fut impossible d’aller plus loin ni de se retirer; desorte que les assiégés ayant jeté des flèches incendiaires (5) sur ces machines, lesréduisirent en cendres.
La ville d’Apollonie étant aussi assiégée, et les ennemis ayant creusé unemine, à dessein d’entrer dans la ville sans qu’on s’en aperçût, les assiégés, quifurent avertis de ce dessein, furent fort épouvantés, ne sachant ni en quel tempsni par quel endroit les ennemis devaient en trer dans leur ville. Cette incertitudeleur faisait perdre courage, lorsque Tryphon, architecte d’Alexandrie, qui étaitavec eux, s’avisa de faire plusieurs contre-mines, qui passaient par-dessous lesremparts d’environ la longueur d’un trait d’arc, et de pendre des vases d’airaindans tous ces conduits souterrains. 11 arriva que, dans le conduit qui était le plusproche de celui ou les ennemis travaillaient, les vases frémissaient à chaquecoup de pic que l’on donnait, et par là on connut quel était l’endroit vers lequelles pionniers s’avancaient pour percer jusqu’au-dedans de la ville : ce qui ayantété précisément marqué, Tryphon fit apprêter de grandes chaudières pleinesd’eau bouillante et de poix avec du sable rougi au feu, au-dessus de l’endroitou les ennemis travaillaient, et ayant fait la nuit plusieurs ouvertures dans leurmine , il y fit jeter tout d’un coup toutes ces choses, dont ceux qui travaillaientfurent tués.
t (4) Celte machine est ainsi appelée d’un mot grecqui signifie un instrument de musique triangulaire enforme d'une harpe, ce triangle étant composé descordes qui font un de ses côtés, et du corps de l’in-strument qui fait les deux autres. La machine deguerre de ce nom était ce que nous appelons un pont-levis ; ce pont de la Sambuque s’abattait étant sou-tenu avec des cordes, et servait aux assiégeants pourpasser de leurs tours de bois sur les murs des assiégés.Il fallait que l’on trouvât que ces cordes, qui faisaientun triangle avec le pont et les poteaux qui soutenaientces cordes, avaient quelque ressemblance avec cetTome II.
instrument de musique. Il en est parlé au I tr chapitredu livre YI.
(5) J’explique ainsi malleolos, qui étaient, selon Non-nius et Vegèce, des instruments enflammés par unecomposition combustible dont ils étaient entourés, etqui, étant feirésparle bout, selon la descriptiond Am-mien Marcellin, se lançaient avec un arc, afin qu’é-tant par ce moyen attachés aux machines de guerre, ouaux navires, ils les pussent mettre en feu. Cæsar dansses Commentaires, dit que les Gardois mirent le feuau camp de Q. Cicéron en y jetant avec des frondesdes boulets de terre que l’on avait enflammés.
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