8 LES AVANTURES
Nymphes avec leurs cheveux tressez &c des habits blancs servirentd’abord un repas simple, mais exquis pour le goût ■& pour la pro-preté. On n’y voyoit aucune autre viande que celle des oiseauxquelles avoient pris dans les filets, ou des bêtes quelles avoient per-cées de leurs flèches à la chasse. Un vin plus doux que le nectarcouloir des grands vases d’argent dans les tasses d or couronnées defleurs. On apporta dans des corbeilles tous les fruits que le Printemspromet, & que l’Automne répand fur la terre. En même-temsquatre jeunes Nymphes se mirent a chanter. D’abord elles chantè-rent le combat des Dieux contre les Géants , puis les amours deJupiter & de Sémelé , la naissance de Bacchus & son éducation con-duite par le vieux Silene, la course d’Atalante & d’Hippoménes,qui fut vainqueur par le moyen des pommes d’or cueillies au Jardindes Heípérides. Enfin la guerre de Troye fut auíli chantee , lescombats d’Ulysse 8c fa sagesse furent élevez jufqu’aux Cieux. Laprémiére des Nymphes, qui s’appelloit Leucothoé , joignit les ac-cords de se lyre aux douces voix de toutes les autres. Quand Tele-liiaque entendit le nom de son père , les larmes qui coulèrent leloncr de ses joues, donnèrent un nouveau lustre à se beauté : maiscomme Calypso apperçut qu’il ne pouvoit manger , & qu’il étoitsaisi de douleur, elle fit signe aux Nymphes. A l’instant on chan-ta le combat des Centaures avec les Lapithes, Lc la deseente d’Or -phée aux Enfers pour en retirer Euridice.
Quand le repas fût fini, la Déesse prit Telemaque, & lui parlaainsi : Vous voyez , fils du grand Ulysse , avec quelle faveur jevous reçois; je fuis immortelle ; nul mortel ne peut entrer dans cet-te Iste sens être puni de se témérité ; Lc votre naufrage même nevous garantiroit pas de mon indignation, si bailleurs je ne vous ai-mois. Votre Père a eu le meme bonheur que Vous . mais helas !il ni pas fu en profiter. Je lai gardé long-tems dans cette Iste;il n’a tenu qu’a lui d’y vivre avec moi dans un état immortel : maisPaveugle passion de retourner dans se miserable patrie, lui fit rejet-ter tous ces avantages. Vous voyez tout ce qu’il a perdu pour Itha-que qu’il n’a pu revoir. U voulut me quitter, st partit, & je fusJ 1 ven-