16 LES A V A N T U R E S
soin de le leur cacher, connoissant leur'per'fidie^ Nestor, que jevis à Pylos , ni Ménélas , qui me reçut avec amitié dans Lacédé-mone, ne purent m’apprendre si mon père étoit encore en vie. Lasisé de vivre toujours en soípens Sc dans l’incertitude, je me résolusd’aller dans la Sicile, où j’avois ouï dire que mon père avoir été jet-té par les vents. Mais le íâge Mentor , que vous voyez id présent,s’opposoit à ce téméraire dessein-, il me représentoit d un côté lesCyclopes, Géants monstrueux qui dévorent les hommes ; de l'autrela flore d’Enée Sc les Troyens qui étoient sor ces côtes.- Ces Tro-yens, disoit-il, sont animez contre tous les Grecs : mais sor-tout:ils répandroient avec plaisir le sang du fils d’Ulysse.. Retournez,continuoit-il, en Ithaque , peut-être que votre père , aimé des;Dieux, y sera auísi-tôt que vous ; mais si les Dieux ont résolu íâperte , s’il ne doit jamais revoir fa patrie , du moins il faut quevous alliez le venger, délivrer votre mère, montrer votre íàgesse àtous les peuples, Sc faire voir en vous à toute la Grèce un Roi aus-si digne de régner, que le sut jamais Ulysse soi-même. Ces paro-les étoient salutaires : mais je nétois pas assez prudent pour les écou-ter-, je n écoutai que ma páflìon. Le fige Mentor m’aima juíqua,me soivre dans un voyage téméraire que j entreprenois contre ses:conseils ; Sc les Dieux permirent que je fisse une faute , qui dévoieservir à me corriger de ma présomption.
Pendant que Télémaque parloir, Calypso regardoit Mentor. El-le étoit étonnée : elle croyoit sentir en lui quelque chose de divin ;mais elle ne pouvoir démêler ses pensées consolés. Ainsi elle demeu-rent pleine de crainte Sc de défiance á la vuë de cet inconnu. Alorselle appréhenda de laisser voir son trouble. Continuez, dit-elle aTélémaque, Sc satisfaites ma curiosité. Télémaque reprit ainsi :
Nous eûmes assez long-tems un vent favorable pour aller en Si-cile-, mais ensoite une noire tempête déroba le Ciel a nos yeux-, Scnous fûmes envelopez dans une profonde nuit. A la soeur des é-dairs nous apperçumes d’autres vaisseaux exposez au même péril ,Sc nous reconnûmes bientôt que c’étoient les vaisseaux d’Enée. Ilsn’étoient pas moins ì craindre pour nous que les rochers. Alors je
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