7 °
LES AVANTURES
se présentoient â nos yeux comme un amphithéâtre. Autant que laterre de Cypre nous avoir paru négligée & inculte , autant celle deCrète íè montroit fertile Sc ornée de tous les fruits par le travail deses habitons.
De tous cotez nous remarquions des Villages bien bâtis , desBourgs qui égaloient des Villes , ôc des Villes superbes. Nous netrouvions aucun champ où la main du Laboureur diligent ne futimprimée -, partout la charuë avoit laissé des creux filions : les ron-ces , les épines ôc toutes les plantes qui occupent inutilement laterre, íbnt inconnues en ce pays. Nous considérions avec plaisir lescreux vallons où les troupeaux de bœufs mugissent dans les gras her-bages le long des ruisseaux ; les moutons paissons íùr le penchantdune coline ; les vastes campagnes couvertes de jaunes épies, richesdons de la féconde Cérès ; enfin les montagnes ornées de pampresëc de grapes d’un raisin dé j a coloré , qui promettoit aux Vendan-geurs les doux préíèns de Bacchus pour charmer les soucis deshommes.
Mentor nous dit qu’il avoit été autrefois en Crête , Ôc il nousexpliqua ce qu’il en connoissoit. Cette Iíle , diíòit-il, admirée detous les étrangers, Sc fameuse par ses cent Villes , nourrit sans pei-ne tous ses habitons, quoicju’ils soient innombrables ; c’cst que laterre ne se lasse jamais de répandre ses biens íur ceux qui la culti-vent. Son sein fécond ne peut s'épuiser -, plus il y a d’hommesdans un pays, pourvu qu’ils soient laborieux , plus ils jouissent del’abondance : ils n ont jamais besoin d'être jaloux les uns des autres.La terre, cette bonne mère, multiplie ses dons selon le nombre de sesenfans , qui méritent ses fruits par leur travail. L’ambition ôc l’a-varice des hommes sont les seules sources de leur malheur. Leshommes veulent tout avoir, & ils se rendent malheureux par le dé-sir du superflu ; s’ils vouloient vivre simplement ôc se contenter desatisfaire aux vrais besoins, on verroit par tout l’abondance, la joie,l'union Sc la paix.
C’est ce que Minos, le plus sage Sc le meilleur de tous les Rois, a-Yoit compris, Tout ce que VOUS verrez de plus merveilleux doras cette
" ' Iste,