7 a LES AVANTURES
lui. Il a une puissance absolue pour faire le bien, & les mains liéesdès qu’il veut faire le maL Les loix lui confient les peuples commele plus précieux de tous les dépôts , a condition qu il fera le père deíès Sujets. Elles veulent qu’un seul homme serve par íà íàgeíle 8cpar fa modération a la félicité de tant d’hommes ; Sc non pas quetant d’hommes fervent par leur misère & par leur servitude lâche dflater l’orgueil 8c la molesse d’un íèul homme. Le Roi ne doit rienavoir au-dessus des autres, excepté ce qui est nécessaire ou pour lesoulager dans íès pénibles fonctions -, ou pour imprimer aux peuplesle respect de celui qui doit soutenir les loix. Bailleurs le Roi doitetre plus sobre, plus ennemi de la molesse, plus exempt de faste &de hauteur qu’aucun autre. Il ne doit point avoir plus de richesses& de plaisirs ; mais plus de sagesse, de vertu & de gloire que le res-te des hommes. Il doit être au-dehors le défenseur de la patrie, encommandant les armées ; & au-dedans le Juge des peuples pour lesrendre bons , sages 8c heureux. Ce n est point pour lui-même queles Dieux l’ont fait Roi ; il ne lest que pour être l’homme des peu-ples ; c’est aux peuples qu’il doit tout son tems, tous ses soins, tou-te son affection ; & il n’est digne de la Royauté, qu’autant qu’il
s oublie lui-même pour se sacrifier au bien public. Minos n a vou-lu que ses enfans régnassent après lui, qu’à condition qu’ils régne-roient suivant ces maximes. Il aimoit encore plus son peuple quefa famille : c est par une telle sagesse qu’il a rendu la Crète sipuissante & si heureuse. C’est par cette modération qu’il a effa-cé la gloire de tous les Conquérans qui veulent faire servir lespeuples a leur propre grandeur, c’est-à-dire à leur vanité. Enfinc’est par íà justice qu’il a mérité d’être aux enfers le souverain Jugedes morts.
Pendant que Mentor faifoit ce discours, nous abordâmes dans l’ifile. Nous vîmes le fameux Labyrinthe , ouvrage des mains de l’in-génieux Dédale , 8c qui -étoit une imitation du grand Labyrintheque nous avions vu en Egypte. Pendant que nous considérions cecurieux édifice, nous vîmes le peuple qui couvroit le rivage & quiaccouroit en foule dans un lieu assez voisin du bord de la mer : nous
de-