i 4 8 LES AVANTURES
fée de la nuit, íènt dès le matin les rayons du Soleil qui viennentl’embellir : elle croît , elle ouvre íès tendres boutons, elle étendíès feuilles vertes, elle épanouît íès fleurs odoriférantes avec millecouleurs nouvelles. A chaque moment qu’on la volt, on y trou-ve un nouvel éclat. Ainíì noriísoit la nouvelle ville d’Idoménée íurle rivage de la mer. Chaque jour, chaque heure elle croiííoit avecmagnificence , Lt elle montroit de loin aux Etrangers qui étoientfur la mer, de nouveaux ornemens d’architecture qui s’élevoient jus-qu’au Ciel. Toute la côte retentifloit des cris des ouvriers , & descoups de marteaux : les pierres étoient suspendues en l’air par desgrues avec des cordes. Tous les chefs animoient le peuple au tra-vail dès que I’aurore paroifloit ; & le Roi Idoménée donnant par-tout íès ordres lui-ménie, fuioit avancer les ouvrages avec une in-croyable diligence.
A peine le vaiiseau Phénicien fut arrivé, que les Crétois donnèrentà Télémaque & a Mentor toutes les marques dune amitié sincè-re. On íe hâta d’avertir Idoménée de l’arrivée du fils d’Ulyfle.Le fils d’Ulyíïè , s’écria-t-il, d’Ulyfle ce cher ami, ce fitge Hérospar qui nous avons enfin renveríé la ville de Troye 1 qu’on l’amé-ne ici 3 & que je lui montre combien j'ai aimé íòn père.. Auífitôton lui préíènte Télémaque, qui lui demande l’hoípitalité , en luidiíànt ion nom. Idoménée lui répondit avec un viíâge doux &riant : Quand même on ne m’auroit pas dit qui vous êtes , jecrois que je vous aurois- reconnu. Voilà Ulyífe lui-même , voilàíès yeux pleins de feu , & dont le regard est fi ferme. Voilà ionair d’abord froid & réíèrvé , qui cachoit tant de vivacité & de grâ-ces. Je reconnois même ce íburire fin , cette action négligée, cetteparole douce , simple ôc insinuante , qui períuadoit avant qu’oneût le tems de s’en défier. Ouï , vous êtes le fils d’UlyíIè , mais,vous íèrez aussi le mien. O mon fils, mon cher fils l. Quelle avan-ture vous amène fur ce rivage ì Est-ce pour chercher votre père ?•Hélas I je n en ai aucune nouvelle : la fortune nous a persécutezlui & moi , il a eu le malheur de ne pouvoir retrouver fit patrie,Sc j’ai eu celui, de retrouver la mienne pleine de la colère des Dieux.
con-