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Les avantures de Telemaque, fils d'Ulysse / par seu Messire François de Salignac, de la Mothe Fenelon, Précepteur de Messeigneurs les Enfans de France, & depuis Archevêque-Duc de Cambray, Prince du Saint Empire
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i 4 8 LES AVANTURES

fée de la nuit, íènt dès le matin les rayons du Soleil qui viennentlembellir : elle croît , elle ouvre íès tendres boutons, elle étendíès feuilles vertes, elle épanouît íès fleurs odoriférantes avec millecouleurs nouvelles. A chaque moment quon la volt, on y trou-ve un nouvel éclat. Ainíì noriísoit la nouvelle ville dIdoménée íurle rivage de la mer. Chaque jour, chaque heure elle croiííoit avecmagnificence , Lt elle montroit de loin aux Etrangers qui étoientfur la mer, de nouveaux ornemens darchitecture qui sélevoient jus-quau Ciel. Toute la côte retentifloit des cris des ouvriers , & descoups de marteaux : les pierres étoient suspendues en lair par desgrues avec des cordes. Tous les chefs animoient le peuple au tra-vail dès que Iaurore paroifloit ; & le Roi Idoménée donnant par-tout íès ordres lui-ménie, fuioit avancer les ouvrages avec une in-croyable diligence.

A peine le vaiiseau Phénicien fut arrivé, que les Crétois donnèrentà Télémaque & a Mentor toutes les marques dune amitié sincè-re. On íe hâta davertir Idoménée de larrivée du fils dUlyfle.Le fils dUlyíïè , sécria-t-il, dUlyfle ce cher ami, ce fitge Hérospar qui nous avons enfin renveríé la ville de Troye 1 quon lamé-ne ici 3 & que je lui montre combien j'ai aimé íòn père.. Auífitôton lui préíènte Télémaque, qui lui demande lhoípitalité , en luidiíànt ion nom. Idoménée lui répondit avec un viíâge doux &riant : Quand même on ne mauroit pas dit qui vous êtes , jecrois que je vous aurois- reconnu. Voilà Ulyífe lui-même , voilàíès yeux pleins de feu , & dont le regard est fi ferme. Voilà ionair dabord froid & réíèrvé , qui cachoit tant de vivacité & de grâ-ces. Je reconnois même ce íburire fin , cette action négligée, cetteparole douce , simple ôc insinuante , qui períuadoit avant quoneût le tems de sen défier. Ouï , vous êtes le fils dUlyíIè , mais,vous íèrez aussi le mien. O mon fils, mon cher fils l. Quelle avan-ture vous amène fur ce rivage ì Est-ce pour chercher votre père ?Hélas I je n en ai aucune nouvelle : la fortune nous a persécutezlui & moi , il a eu le malheur de ne pouvoir retrouver fit patrie,Sc jai eu celui, de retrouver la mienne pleine de la colère des Dieux.

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