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Les avantures de Telemaque, fils d'Ulysse / par seu Messire François de Salignac, de la Mothe Fenelon, Précepteur de Messeigneurs les Enfans de France, & depuis Archevêque-Duc de Cambray, Prince du Saint Empire
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208 LES AVANTURES

leur exemple servira pour exciter au travail les Artisans transplantezde la ville a la campagne, avec lesquels ils seront mêlez. Dans lafuite tout le pays fera peuplé de familles vigoureuses , & adonnéesa T Agriculture.

Au reste ne soyez point en peine de la multiplication de ce peu-ple ; il deviendra bientôt innombrable , pourvu que vous facilitiezles mariages. La maniéré de les faciliter est bien simple ; presquetous les hommes ont ^inclination de se marier : il ny a que lamisère qui les en empêche. Si vous ne les chargez point d'impôts-ils vivent fans peine avec leurs femmes ôc leurs enfans ; car la terren est jamais ingrate , elle nourrit toujours de ses fruits ceux qui lacultivent soigneusement. Elle ne refuse des biens qu a ceux qui crai-gnent de lui donner leurs peines. Plus les Laboureurs ont d'enfans,plus ils sont riches , íì le Prince ne les appauvrit pas ; car leurs en-fans dès leur plus tendre jeunesse commencent à les secourir. Lesplus jeunes conduisent les moutons dans les pâturages ; les autresqui sont plus avancez en âge menent déja les grands troupeaux :enfin les plus âgez labourent avec leur père. Cependant la mère ôctoute la famille prépare un repas simple à son époux Sc â ses chersenfans, qui doivent revenir fatiguez du travail de la journée ; ellea soin de traire ses vaches ôc ses brebis, ôc on voit couler des miseseaux de lait : elle fait un grand feu , autour duquel toute la fa-mille innocente ôc paisible prend plaisir â chanter tous les soirs enattendant le doux sommeil : elle prépare des fromages, des châtai-gnes , ôc des fruits conservez dans la même fraîcheur que si on ve-noit de les cueillir.

Le Berger revient avec íà flûte , ôc chante â la famille assembléeles nouvelles chansons qu if a apprises dans les hameaux voisins. LeLaboureur rentre avec fa charrue , ôc ses bœufs fatiguez marchent,le cou penché , d un pas lent ôc tardif, malgré laiguillon qui lespresse. Tous les maux du travail finissent avec la journée. Les pa-vots, que le Sommeil par Tordre des Dieux répand sor la terre, ap-paisent tous les noirs soucis par leurs charmes , ôc tiennent toute lanature dans un doux enchantement ; chacun sendort fans prévoir