DE TELEMAQUE. Liv. XVI. 273
te victoire. Pendant qu’on ne pouvoit se lasser de l’admirer , ilse retira dans se tente , honteux de se faute ; & ne pouvant plusse supporter lui-même , il gëmissoit de fa promptitude. Il recon-noissoit combien il étoit injuste & déraisonnable dans ses emporte-mens : il trouvoit je ne sei quoi de vain , de foible & de bas danscette hauteur démesurée. Il reconnoissoit que la véritable grandeurn’est que dans la modération , la justice, la modestie & l’humani-té : il le voyoit, mais il n oioit espérer de se corriger après tant derechutes ; il étoit aux prises avec lui-même, & on l’entendoit rugircomme un lion furieux.
Il demeura deux jours renfermé seul dans se tente , ne pouvantse réíòudre à se rendre dans aucune seciété , & se puniílant foi-même. Hélas ! dííoit-il, oserai-je revoir Mentor ? Suis-je le filsd’Ulysse , le plus sege & le plus patient des hommes ì Suis-je ve-nu porter la division &t le désordre dans l’armée des alliez ? Éíc-celeur seng ou celui des Dauniens leurs ennemis que je dois répandre ?J ai été téméraire ; je n ai pas même fii lancer mon dard ; je mefuis exposé avec Hippias à forces inégales ; je n en devois attendreque la mort avec la honte d’être vaincu. Mais qu’importe ì je neserois plus : non, je ne serois plus ce téméraire Télémaque, ce jeu-ne insensé , qui ne profite d’aucun conseil ; ma honte finiroit avecma vie. Hélas ! si je pouvois au moins espérer de ne plus faire ceque je fuis désolé d’avoir fait í trop heureux trop heureux Maispeut-être qu’avant la fin du jour je ferai & voudrai seire encore lesmêmes sentes dont j'ai maintenant tant de honte & d’horreur. Ofuneste victoire ! 6 louanges que je ne puis souffrir, &c qui sontde cruels reproches de ma folie !
Pendant quil étoit seul & inconsolable, Nestor & Philoctéte levinrent trouver. Nestor voulut lui remontrer le tort qu’il avoir :mais ce sege vieillard reconnoistant bientôt la désolation du jeunehomme , changea ses graves remontrances en des paroles de tendresese pour adoucir son désespoir.
Les Princes alliez étoient arrêtez par cette querelle , & ils nepouvoient marcher vers les ennemis qu’après avoir réconcilié Téíé-
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