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Les avantures de Telemaque, fils d'Ulysse / par seu Messire François de Salignac, de la Mothe Fenelon, Précepteur de Messeigneurs les Enfans de France, & depuis Archevêque-Duc de Cambray, Prince du Saint Empire
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filence de ces vastes lieux. Ses cheveux se dressent fur íà têtequand il aborde le noir fëjour de limpitoyable Pluton ; il sentLes genoux chancelans, la voix lui manque ; cest avec peinequil peut prononcer au Dieu ces paroles : Vous voyez , o terribleDivinité , le fils du malheureux Ulysse ; je viens vous deman-der si mon père est deícendu dans votre Empire , ou sil est enco-re errant íur la terre.

Pluton étoit íur un Trône debéne , son viíâge étoit pâle &-vére , ses yeux creux & étincelans , íôn front ridé & menaçant.La vue d un homme vivant lui étoit odieuse, comme la lumièreoffense les yeux des animaux qui ont accoutumé de ne sertir deleurs retraites que pendant la nuit. A sen côté paroiísoit Proserpi-ne , qui attiroit seule ses regards, &c qui sembloit un peu adoucirsen cœur : elle jouïísoit dune beauté toujours nouvelle , mais elleparoissoit avoir joint â ses grâces divines je ne íài quoi de dur & decruel de sen époux.

Aux pieds du trône étoit la Mort pâle & dévorante avec íâ fàu-xtranchante quelle aiguiseit ,fans cesse. Autour delle voioient lesnoirs Soucis, les cruelles Défiances, les Vengeances toutes dégoutamtes de sang , & couvertes de playes ; les Haines injustes , lAvaricequi se ronge elle-même ; le Désespoir qui se déchire de ses propresmains-, f Ambition forcenée qui renverse tout; la Trahison qui veutse repaître de íàng , & qui ne peut jouir des maux quelle a faits ;lEnvie qui verse sen venin mortel autour delle , &.qui se tourneen rage dans limpuissance elle est de nuire ; lImpiété qui secreuse elle-même un abîme fans fond elle se précipite fans espé-rance ; les spectres hideux ; les fantômes qui représentent les mortspour épouvanter les vivans ; les songes affreux : les insomnies aulficruelles que les tristes songes. Toutes ces images funestes environ-noient le fier Pluton, & remplissoient le Palais il habite. Il répon-dit àTélémaque dune voix sourde, qui fit mugir le fond de lErébe.Jeune mortel , le destin ta fait violer cet aíyle sacré des ombres-;sois ta haute destinée ; je ne te dirai point est ton pere ; il sofifit que tu sois libre de le chercher : puiíquil a été Roi sor la terre,

tu