32 SATIRES.
Mais je ne puis ſouffrir, qu vu Eſprit de travers,
Qui pour imer des mots penſe faire des vers,
Se donne en Te louant vne geſue inutile.
Pour chanter vn Auguſte, il faut eſtre vn Vitgile.
Et j aprouve les ſoins du Monarque guerrier
Qui ne pouvoit ſoufftir, qu vn Artiſan groſſier
Entreprit de tracer, d'vne main criminelle,
Vn Portrait reſervé pour le pinceau d' Apelle.
Moy donc, qui connois peu Phebus& ſes dou-
ceurs: ö
Qui ſuis nouveau ſevrẽ ſur le Mot des neuf Scœurs:
Attendant que pour- Toy, age ait meuri maMuſe, 5
Sur de moindres Sujets je Lexerce&'amuſe:
Et tandis que ton Bras, des peuples redoutẽ,
Va la foudre à la main retablir IEquitè,
Et retient les Mechans par la peur des ſupplices;
Moy, la plume à la main, je gourmande les Vices;
Et gardant pour moy- meſme vne juſte rigueur,
Ie conſie au papier les ſecrets de mon cœur.
Ainſi, des qu'vne fois ma verve ſe rc veille:
Comme on void au Printemps la diligente Abeille,
Qui des fleurs qu'elle pille en compoſe ſon miel;
Pes ſottiles du Temps je compoſe monꝭ fiel.
Ie vais de toutes parts od me guide ma veine.
Sms tenir en marchant vne route certaine,
Et ſans geſner ma Plume en ce libre mẽtier,
Je la laiſſe au hazard courir ſur le papiek.
Le mal eſt, qu en rimant, ma Muſe vn peu le-
gere
Nomme tout par ſon nom,& ne ſgauroit rien taire.
Qeſt là ce qui fait peur aux Eſprits de ce Temps,
Qui tout blancs au dehors, ſont tout noirs au de-dans. 5
Ils tremblent qu vn Cenſeur, que ſa verve encou-
rage 2