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LA SUISSE PRÉHISTORIQUE
en faveur de cette opinion. D’autre part, nos observations nous permet-tent de déclarer d’une manière absolue qu’il n’y avait pas de minerais defer, dans le voisinage des sépultures, ayant pu amener par infiltration oude toute autre manière la coloration des squelettes qui s’y trouvaientrenfermés.
Les amas d’os brisés et calcinés recueillis en 1881 par Morel-Fatio dans la petite tombe d’enfant, les petits tas de débris de charbon ren-contrés en 1901, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur des sépultures, nousindiquent que, s’il n’y avait pas d’incinération à proprement parler, lerituel funéraire devait, cependant, être assez compliqué. Pour M. E. Car-tailhac ', les coffres les plus petits signalés par Troyon à Pierra-Portayet par Morel-Fatio à Chamblandes, réduits à trente-cinq centimètresd'arête, tout à fait analogues à ceux de Plomeur et de Trefiagat dans lecanton de Pont-l'Abbé(Bretagne ), n’avaient dû recevoir qu’une poignéede cendres.
L’attitude accroupie des squelettes ayant été constatée dans lessépultures préhistoriques de France , de Belgique , d’Angleterre, d’Italie ,d’Allemagne , de Suisse , de Hongrie , d’Autriche , de Pologne , de Russie ,d’Egypte (fig. 151), d’Algérie , de l'Inde , de la Nouvelle-Calédonie , del’Amérique , etc., nous ne croyons pas qu’il soit possible d’en faire un ca-ractère d’une seule et unique période; cette position n'implique nullementune communauté d’origine des populations préhistoriques des différentspays où elle se rencontre. Elle a, du reste, été signalée à l'époque histo-rique par les historiens anciens ; Diodore de Sicile 2 rapporte que lesTroglodytes, peuples pasteurs de l’Ethiopie , passaient la tête de leursmorts entre les jambes et les liaient dans cette posture avec des bran-ches flexibles d'Aubépine ; Hérodote écrit que, d’entre les Lybiensnomades, les Nasamons enterraient leurs morts assis, prenant bien gardequand l’âme de l’un d’eux s’échappe, de le mettre sur son séant et dene point le laisser mourir sur le dos 3 . En 1851, M. Thomas 4 , profitantdu moment où les eaux de l’Euphrate étaient descendues au-dessous deleur niveau ordinaire, a fouillé sous les ruines même de Babylone et ya rencontré des sarcophages en terre cuite, d’une exécution grossière,hauts de cinquante centimètres, larges de quarante et longs de trente-sixcentimètres seulement. Le corps placé dans ces caisses devait être replié
1 Emile Cartailhac . La France préhistorique, Paris , 1896, p. 271-272.
3 Diodore de Sicile . Livre IV, chapitre III. Kdition de Lyon 1559.
Hérodote . Livre IV, chapitre CXC.
! Troyon. Monuments de l'antiquité, etc., p. 457, et Thomas : Revue des Deux-Mondes ,15 octobre 1854.