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LA SUISSE PRÉHISTORIQUE
ne peut nier que les noms donnés à tel objet ou à tel animal prove-naient quelquefois de formes verbales désignant cet objet ou cet animalpar une qualité saillante. Il est impossible de vouloir étendre ce procédéà tous les mots — nous avons vu dans quelles puérilités on devaitnécessairement tomber. C’est que, à notre avis, on était là aussi l’es-clave peut-être inconscient d’une tradition, tradition philosophique,ayant comme source les spéculations de Platon sur l’origine du langage.On cherchait donc une relation entre le son et la notion, et M. Deussen,philosophe et grand connaisseur de la littérature indienne, croit encoreque la science ne doit pas renoncer à trouver la réponse à cette ques-tion : pourquoi tel son exprime-t-il telle notion ? Ces problèmes ne noustouchent pas autrement, nous les mentionnons en passant commecuriosité. Victor Hehn , le premier, a réduit à sa portion congrue lebagage que le peuple préhistorique pouvait avoir traîné avec lui au pointde vue de la civilisation. Le tableau que Hehn nous retrace (Kultur-pflanzen und Haustiere, 1870) de la civilisation supposée et reconstituée,sur la base de la linguistique comparée, du peuple primitif, nous paraîtdéjà bien plus près de la réalité. D'après lui, les Aryens étaient un peu-ple berger et nomade. L’agriculture est inconnue; ils ne connaissentmême pas le sel. Leurs troupeaux se composent de bétail à cornes, debrebis, de porcs. Le cheval domestiqué leur fait défaut. Ils ne connais-sent encore ni l’âne, ni la chèvre, et ils se passent absolument de vo-laille. Le chat domestiqué n’existe pas chez eux. Ils ne savent pas filer lalaine qu’ils tondent sur le dos de leurs brebis, ils en font des espèces decouvertures feutrées. Par contre, ils fabriquent des tissus avec la fibrede certaines plantes et avec le liber détaché de l'écorce des arbres. Desaiguilles en corne ou en bois leur permettent de recoudre les peauxdont ils se revêtent. La maison est une caverne creusée dans la terre etsurmontée d’un toit recouvert de gazon ou de fumier. Ces demeuresrappellent les habitations de certaines peuplades des steppes russes, etXénophon, dans son Anabase , nous donne la description de huttes dece genre. Pour le transport, ils se servent de chariots dont toutes lesparties sont en bois. Quant au moral, il ne doit pas avoir été très bril-lant. Les vieillards sont assommés ; les nouveau-nés sont exposés, s’ilplaît ainsi au chef de la famille. On achète la femme ou bien on l’en-lève de force. Le nom de dieu se confond avec la dénomination duciel ; les forces de la nature ne sont pas encore personnifiées. C’est unpoint important, et on ferait bien de se rappeler ici les travaux de Lub-bock et de Lippert, Le culte des âmes (Der Seelenkult). La personnifi-cation des forces de la nature n’est pas le point de départ de la mytho-