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Malgré cela, et peut-être à cause de cela, les concordances lesmieux établies ne paraissent plus aussi probantes lorsqu’il s’agit dedéterminer le degré de parenté des langues, l’origine commune et lacivilisation. Ecoutons ce que dit, à ce sujet, M. A. Meillet : (1. c. p. 348)« Ce qui représente, pour le linguiste d’aujourd’hui, le vocabulaire indo-européen n’est qu’un petit noyau de termes généraux, précieux à causedes conclusions qu'il permet de tirer en phonétique et en morphologie ,mais absolument impropre à donner une idée de ce qu’était en réalitéle lexique d’un parler indo-européen..» On voit combien peu sûre etrestreinte est la base sur laquelle on a voulu édifier la civilisation d’unpeuple primitif. M. Meillet ajoute avec raison que tous les essais de cegenre oublient « qu’entre la période indo-européenne et les plus ancienstextes de chaque dialecte, il s'est écoulé plusieurs centaines d'années,durant lesquelles il a pu être fait un nombre illimité d’emprunts à deslangues aujourd’hui inconnues ». Cependant M. Meillet concède (pie sion utilise les mots isolés avec la réserve qui convient, on en peut tirerquelques indications sommaires sur l’état social et sur la civilisationdes hommes qui parlaient l’indo-européen (1. c. p. 354). Nous avons vuque les conclusions que M. Hirt tire de ce moyen d’investigation sontloin d'être sommaires et qu’elles contrastent quelque peu avec sa cir-conspection plutôt sceptique. Nous retiendrons de ces controverses lefait que les Indo-Européens primitifs possédaient une civilisation quis’approchait de celle que l’archéologie préhistorique attribue aux Bra-chycéphales, les premiers palafitteurs en Suisse , d’origine asiatiqued’après M. A. Schenk 1 .
La concordance des mots, avons-nous dit, n’est plus considéréecomme un moyen d’investigation très sûr pour établir l’affinité des lan-gues ou leur origine commune, puisque les mots peuvent se transmettrepar emprunt. On cite, à ce propos, un exemple frappant. Le poivre,introduit en Europe vers le quatrième siècle avant notre ère et venantde l’Inde où il était connu sous le nom de pippalî ou pipparî, seretrouve dans toutes les langues indo-européennes sous une forme àpeu près semblable. Chez les Allemands, la prononciation de Pfefferprouve, en outre, que le terme n’est pas d’emprunt récent, car il parti-cipe à l’altération phonétique de p latin pf. La distance n'a pasempêché ce mot de parfaire son voyage jusqu’aux derniers confins deslangues indo-européennes; il participe même aux changements phoné-