Buch 
La Suisse préhistorique : le Paléolithique et le Néolithique / A. Schenk ; préface de F.-A. Forel
Entstehung
Seite
604
JPEG-Download
 

604

LA SUISSE PRÉHISTORIQUE

Malgré cela, et peut-être à cause de cela, les concordances lesmieux établies ne paraissent plus aussi probantes lorsquil sagit dedéterminer le degré de parenté des langues, lorigine commune et lacivilisation. Ecoutons ce que dit, à ce sujet, M. A. Meillet : (1. c. p. 348)« Ce qui représente, pour le linguiste daujourdhui, le vocabulaire indo-européen nest quun petit noyau de termes généraux, précieux à causedes conclusions qu'il permet de tirer en phonétique et en morphologie ,mais absolument impropre à donner une idée de ce quétait en réalitéle lexique dun parler indo-européen..» On voit combien peu sûre etrestreinte est la base sur laquelle on a voulu édifier la civilisation dunpeuple primitif. M. Meillet ajoute avec raison que tous les essais de cegenre oublient « quentre la période indo-européenne et les plus ancienstextes de chaque dialecte, il s'est écoulé plusieurs centaines d'années,durant lesquelles il a pu être fait un nombre illimité demprunts à deslangues aujourdhui inconnues ». Cependant M. Meillet concède (pie sion utilise les mots isolés avec la réserve qui convient, on en peut tirerquelques indications sommaires sur létat social et sur la civilisationdes hommes qui parlaient lindo-européen (1. c. p. 354). Nous avons vuque les conclusions que M. Hirt tire de ce moyen dinvestigation sontloin d'être sommaires et quelles contrastent quelque peu avec sa cir-conspection plutôt sceptique. Nous retiendrons de ces controverses lefait que les Indo-Européens primitifs possédaient une civilisation quisapprochait de celle que larchéologie préhistorique attribue aux Bra-chycéphales, les premiers palafitteurs en Suisse , dorigine asiatiquedaprès M. A. Schenk 1 .

La concordance des mots, avons-nous dit, nest plus considéréecomme un moyen dinvestigation très sûr pour établir laffinité des lan-gues ou leur origine commune, puisque les mots peuvent se transmettrepar emprunt. On cite, à ce propos, un exemple frappant. Le poivre,introduit en Europe vers le quatrième siècle avant notre ère et venantde lInde il était connu sous le nom de pippalî ou pipparî, seretrouve dans toutes les langues indo-européennes sous une forme àpeu près semblable. Chez les Allemands, la prononciation de Pfefferprouve, en outre, que le terme nest pas demprunt récent, car il parti-cipe à laltération phonétique de p latin pf. La distance n'a pasempêché ce mot de parfaire son voyage jusquaux derniers confins deslangues indo-européennes; il participe même aux changements phoné-

1 Les Populations de la Suisse depuis la période paléolithique jusqu'à l'époque Gallo-helvéte. Extrait des Bulletins et mémoires de la Société dAnthropoIogie de Paris , 1907.