GUERRE DU PÉLOPONÈSE 93
de cinquante ans, appelée paix deNicias, par laquelleles conquêtes étaient restituées de part et d’autre.
La paix de Nicias ne pouvait durer. Elle était trop peu sincère depart et d'autre. Un parti nombreux à Athènes ne rêvait que guerre etconquête. Les cités grecques continuèrent d'être déchirées par desdissensions intestines. Partout les deux partis, aristocratique et dé-mocratique, se combattaient avec fureur, recherchant, l’un l’appui deSparte, l'autre celui d’Athènes. Partout aussi la mort ou l’exil frap-pait le parti vaincu.
62. Expédition des Athéniens en Sicile (415). —Alcibiade. — Après la mort de Gléon, la faveur popu-laire se porta sur Alcibiade, neveu dePériclès. Ce jeunehomme, admirablement doué, mais d’une incroyablelégèreté de caractère, était apte atout et capable de tout.Aujourd’hui on le voyait chez Socrate, recueillant avecavidité les nobles leçons de ce philosophe ; puis le len-demain, ilse plongeait dans de honteux plaisirs. Posses-seur d’une immense fortune, il s’abandonnait au luxe età la mollesse ; mais sur le champ de bataille, il disputaità tous la palme de l’héroïsme. On racontait de lui milletraits d’excentricité. C’est ainsi qu’une fois il avait achetéun chien superbe pour un prix énorme ; quand toute laville l’eut assez admiré, il lui coupa la queue, son plusbel ornement, afin qu’on en parlât encore. « Tant queles Athéniens s’occuperont de mon chien, disait-il, ilsne diront rien de pis sur mon compte. » Ses richesses,ses talents, son affabilité, tout faisait d’Alcibiade l’idolede la multitude, qui admirait en lui jusqu’à ses extra-vagances et à ses vices. Du reste, il n’avait ni la gran-deur d'âme de Périclès, ni ses vues élevées, ni son pa-triotisme; et aux yeux de la postérité, il n’est demeuré(jue le type du plus brillant sans doute, mais aussi duplus immoral et du plus dangereux citoyen d’une ré-publique.