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Luther partit aussitôt, malgré les sinistres avertisse-ments de ses amis qui craignaient pour lui le sort deJean Ituss. « Puisque je suis appelé, disait-il, j’irai,» dussé-je trouver à Worms autant de diables que de» tuiles sur les toits. »
J^e voyage du réformateur fut un véritable triomphe.Sur toute la route la foule accourait pour contempler lemoine audacieux qui osait braver le pape. A Wormsmême un peuple immense l’attendait. Quand il futentré dans la salle de la diète, à la vue de cette bril-lante assemblée de princes et de prélats, Luther,pâle et défait, sembla perdre son assurance habituelle.Sommé de rétracter ses doctrines, il parut hésiter ;et comme s’il eût éprouvé le besoin de peser unedernière fois sa réponse, dont il sentait toute la gra-vité, il demanda du temps pour réfléchir. On luiaccorda un jour. Le lendemain le réformateur sedéfendit dans un discours plein d’humilité et déclaraque sa conscience ne lui permettait pas de se rétracteraussi longtemps qu’on ne lui prouvait pas par l'Ecriturequ’il était dans l’erreur, a Me voici! s’écria-t-il, en ter-» minant son discours : je ne puis autrement! que Dieu» me soit en aide! Amen! » L’énergique sincérité deLuther avait gagné plusieurs des assistants. Toutefois,après quelques jours de débats, la diète finit par lecondamner: il fut mis au ban de l’empire, et ses écritsdevaient être brûlés (édit de Worms). Mais les prin-ces et l’empereur lui-même repoussèrent avec indi-gnation la demande du légat, qui insistait pour qu’onviolât le saut-conduit. Du reste Luther avait déjà quittéWorms et était en sûreté. L’électeur de Saxe l’avaitfait eidever secrètement sur la route par des cavaliersmasqués et conduire au château de la Wartbourg,dans la forêt de Thuringe.