ÉPOQUE DE LA RÉFORMATION
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Charles-Quint en particulier avait eu des égards pourun peuple travailleur et économe. Philippe II, parcontre, voyait avec déplaisir les allures indépendantesde ces provinces ; il entreprit de les plier à son despo-tisme. D’autre part, la Réforme avait fait dans les Pays-Bas de grands progrès. Philippe II essaya de l’en extir-per. L’Inquisition fut rétablie et les édits contre lesprotestants exécutés dans toute leur rigueur. Margue-rite de Panne était alors régente des Pays-Bas ; son con-seiller et son homme de confiance était l’évêque Gran-velle.
Les mesures violentes prises contre les réformés pro-voquèrent une révolte. Par le compromis de Rréda, lesnobles s’allièrent contre la tyrannie espagnole (1565) ;ils adoptèrent le surnom de gueux 1 , qui leur avait étéjeté par dérision. D’autre part, le peuple se soulevait.A la voix des prédicateurs calvinistes, il pillait les égli-ses, bridait les images,, se laissait aller à toutes sortesd’excès. Toutefois le mouvement parut se calmer etl’ordre sembla rétabli (1566).
Mais Philippe entendait tirer une vengeance éclatantedes rebelles. Dans ce but, il envoya aux Pays-Bas le san-guinaire duc d’Albe, à la tête d’une nombreuse armée.Le chef de la noblesse hollandaise, Guillaume (VOraxge,s'enfuit avec plusieurs milliers de ses adhérents et cher-cha un refuge en Allemagne. Contre ceux qui restaient,le duc d’Albe sévit avec la dernière cruauté. Il instituaun tribunal extraordinaire, le tribunal des troubles. Descentaines de victimes furent livrées au bourreau ; laplus haute noblesse ne fut pas épargnée : le comteEgmont périt sur l’échafaud.
Ces mesures ne firent qu’exaspérer les populations et,
1 400 gentilshommes étaient rassemblés devant le palais de Bru-xelles pour remettre une pétition à la régente. Celle-ci demanda lacause de cet attroupement. « Ce n’est qu’un tas de gueux » répon-dit le comte de Barlaimont. Les nobles adoptèrent ce titre et entirent leur cri de ralliement.