LA MONARCHIE ABSOLUE
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et fondé, à l’embouchure de la Néva, la ville de Saint-Pétersbourg. Charles XII comprit alors l’imminence dupéril. Il accourut à marches forcées ; mais le terriblehiver russe décima ses troupes, et Pierre le Grand, avecdes forces bien supérieures, le vainquit dans la bataillede Poltava (1709). C’en était fait de la prépondérancesuédoise. Charles se réfugia sur territoire turc, suiviseulement de quelques troupes, deux mille hommesenviron. Le reste de son armée dut se rendre 1 .
Les Turcs reçurent Charles XII avec distinction et luioffrirent une royale hospitalité dans le camp de Bander.Bientôt même le sultan se laissa persuader de déclarerla guerre à la Russie. L’armée russe, cernée sur lesbords du Proulh, se trouvait dans une situation déses-pérée ; mais l’impératrice Catherine réussit à corromprele grand vizir, et la Turquie conclut la paix (1711).Furieux, Charles XII refusa de quitter Bender. Puis,soudain, à la nouvelle des succès de ses ennemis, ilpartit à la hâte, traversa toute l’Europe 2 , et, après unechevauchée presque ininterrompue de quatorze jours, ilarriva à Stralsund (1714).
Les adversaires de Charles XII avaient mis à profitles cinq années de son séjour en Turquie : Auguste IIavait chassé Stanislas Lesczinski ; Pierre le Grand avaitachevé la conquête des provinces baltiques ; les Danoisavaient envahi la Suède; enfin, le roi de Prusse etl’électeur de Hanovre 3 , désireux de profiter aussi desdépouilles suédoises, entrèrent en campagne et prirent,le premier, Stettin, le second, Brème et Yerden.
* « Maintenant, écrivait Pierre, avec l’aide de Dieu. Pétersbourgest fondé. » — « .Je sais bien, avait-il dit, après Narva, que lesSuédois nous battront longtemps, mais à la fin iis nous appren-dront eux-mêmes à les vaincre. » Et le soir de Poltava, il but à lasanté des officiers suédois « ses maîtres dans l’art de la guerre ».
2 Par la Hongrie, Vienne, Nuremberg, Brunswick.
3 Une neuvième dignité électorale avait été créée en 1692 en faveurdu duc de Hanovre.