NYMPHES ET MERVEILLEUSES. 5
« Le moment présent, dit Mercier en terminantsa préface, fait donc déjà un étonnant et parfait con-traste avec celui de la servitude, de la terreur, dudéchirement des familles, du sang et des pleurs.
« Si tous les événements désastreux ne sont pasoubliés au milieu de nos fêtes et de nos plaisirs,ils sont couverts d’un rideau ou que l’on craint desoulever ou que l’on soulève rarement b »
Aucun jugement contemporain n’est plus exactni plus clair que celui-ci. Le citoyen Mercier yrésume à merveille l’état des esprits aux premiersjours du Directoire. La plus parfaite anarchie suc-cédait au « Rasoir national » ; la Révolution avaittout détruit, même l’empire des femmes ; les clubs,les réunions de la rue avaient fait disparaître jus-qu’aux derniers vestiges des salons de réunion; toutl’esprit, toute la grâce, toute la finesse françaisessemblaient avoir sombré dans les sanglants déliresde la plèbe. La réaction thermidorienne avait tout àcréer, tout à instituer de nouveau; elle avait aussià honneur d’effacer jusqu’aux souvenirs monstrueuxde la Terreur.
Aussi n’est-il point étonnant de voir en touslieux renaître le plaisir, les jeux, l’allégresse aprèsune si longue contrainte ; la confusion est par-tout; on sent qu’on' vit dans l’interrègne de lamorale ; on s’étourdit, on s’oublie, on se grise, on
1. Paris pendant la Révolution. Avant-propos du 10 frimaire an Vit.