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LA FRANÇAISE DU SIÈCLE,s’abandonne, on se donne avec facilité et sans prendregarde aux moyens. La femme, principalement, aconscience qu’elle vient de reconquérir ses droitsles plus charmants. Rien ne l’avait plus révoltée,ainsi que le fit remarquer le citoyen Thérémin 1 , quecette tentative absurde de la Révolution qui préten-dait introduire dans nos mœurs la sévérité ou laférocité des lois sociales des premiers Romains.Effrayées de cette austérité soi-disant républicaine,nos Françaises s’efforcèrent de faire naître une cor-ruption plus forte que sous la monarchie même,afin de nous rassurer à jamais contre les faussesrigueurs Spartiates; elles ne voulaient que plaire, etleur puissance séductrice fut plus forte que bien desdécrets rigides, que la plupart des mesures prisesafin de réglementer la vertu et les mœurs.
La création du Directoire remit la femme sur letrône mythologique des grâces et des amours, et enfit la folle souveraine d’une société haletante, fié-vreuse, agitée, assez semblable à une foire ouverteà tous les appétits, à toutes les passions basses, àl’agiotage, aux amours à l’encan, à tous les marchan-dages possibles qui excluaient le sentiment. « Cher-chez-vous les salons, écrivent MM. de Goncourt 2 ,regardez dans la rue : promenades publiques, jardins
1. Thcrcmin, De la condition des femmes, an VII.
2. E. et J. de Goncourt, Société française pendant le Directoire,ch. iv.