NYMPHES ET MERVEILLEUSES. 13
suivirent la mode et se firent couper résolument lescheveux à la racine. La coiffure à la victime venaitde naître, elle devait s’étendre à la France entière ets’appeler par la suite coiffure à la Titus ou à la Cara-calla. Pour compléter cette bouffonnerie navrante,les filles de suppliciés adoptèrent le schall rouge,en souvenir du schall que le bourreau avait jeté surles épaules de Charlotte Corday et des dames Sainte-Amarante, avant de monter à l’échafaud.
Ce Bal des victimes devint vivement, en raisonde sa société relevée et de ses démences, le point demire du Paris joyeux; on y allait contempler lesmodes du jour, car les jeunes filles qui venaient lesoir y danser les valses nouvelles rivalisaient de toi-lettes et de grâces...; peu à peu elles quittèrent ledeuil et arborèrent effrontément le satin, le velourset les kachemirs aux tons chauds. Ce fut à ces inso-lentes réunions qu’apparurent les premières tuni-ques laconiennes et les chlamydes à méandres decouleur, la chemise de perkale, les robes de gaze oude linon et le cothurne avec ses charmants enlace-ments de rubans sur le cou-de -pied ; toutes les fan-taisies romaines et grecques que nous décrirons parla suite furent inaugurées pour la plupart par desdescendantes de guillotinés ; quelques aimables da-mes archi-tondues poussèrent l’amour du réalismeet de l’horreur jusqu’à serrer autour de leur cou unmince collier rouge qui imitait à ravir la section du
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