40
LA FRANÇAISE DU SIECLE.
« Vous parlez périodiquement, Citoyen, des pro-diges de la Mode, de ses formes multipliées, de sessuccès inouïs ; mais vous gardez le silence sur les sé-duisants objets qui lui ouvrent une si brillante car-rière. En effet, que serait la Mode sans les grâces dusexe charmant qui la fait admirer ? Une fugitive quiéchapperait à tous les yeux. Mais elle doit tout auxbelles, et son élégance, et sa richesse, et sa simpli-cité ; rien n’est bien, rien n’est beau sans leur con-cours. N’est-ce pas le bon goût qui admet telle outelle folie de la Mode? et le bon goût n’est-il pas lecachet de la beauté? A ce titre, je voudrais, Citoyen,qu’à chaque époque qui nous amène une mode nou-velle, vous rendissiez justice à qui elle appartient, etque vous nommassiez celle qui la crée ; ce serait unmoyen d’émulation qui nous mettrait en mesure deconnaître à qui nous sommes redevables de tel outel changement dans la parure des dames et qui nousouvrirait un temple où chacun aurait la faculté deporter son encens aux pieds de la divinité à laquelleil accorderait la préférence. »
Ce projet original n’eut pas de suite et cela estfâcheux, car, à part une vingtaine de jolies femmes àdemi célèbres de l’entourage de Notre-Dame deThermidor, nous ignorons presque complètementles noms des élégantes de l’époque du Directoire.Toutes ces nymphes et merveilleuses sont ano-nymes, toutes ces beautés grecques et romaines