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LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
grossissante roulait à flots bruyants autour des gale-ries; beaucoup de jeunes gens, une infinité de mili-taires, quelques vieux libertins, maints désœuvrés,un petit nombre d’observateurs, force filous, desfilles à moitié nues ; c’était le moment où tous lesvices se donnaient rendez-vous, se coudoyant, seheurtant, s’entremettant, où, tandis que les fillesfaisaient de l’œil, les escrocs jouaient des mains.« Il existe, écrivait Sellèque, un traité d’allianceoffensive et défensive entre les reclusières de Vénuset les voleurs à la tire, et c’est ordinairement à fraiscommuns que la coalition fait la guerre aux mou-choirs, aux montres, aux bourses et aux porte-feuilles. Rien que pour faire cette constatation, ilfaut s’attendre à payer tôt ou tard uu petit'tribut;mais là comme ailleurs, on n’a rien sans risques. »Dans ces galeries de débauche, les libraires met-taient en vente mille petits ouvrages obscènes quela police ne traquait guère; l’an VIII restera célèbredans la mémoire des amateurs de confessions dé-licates et de galanteries dévoilées; les noms etadresses de toutes les filles de la capitale étaientvendus ouvertement sous forme de livrets avec letarif de leurs caresses ; les demi-castors venaient làdans une promiscuité inouïe; les maisons de jeuflambaient, et, parfois, on ramassait quelque mal-heureux en détresse qui venait de demander à sonpistolet un viatique pour l’éternité.