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NOS DÉESSES DE L’AN VIII.
Les femmes, en général, vivaient dans un désœu-vrement funeste qui les poussait à toutes les com-plaisances des sens; elles s’étaient amollies peu à peudans une existence aisée et dégradante, sans morale,sans guides, sans dignité d’elles-mêmes; la Révo-lution les ■ avait mises à la rue, ne pouvant leurdonner les joies de l’intérieur, les salons d’espritd’autrefois, le goût des sentiments nobles et élevés.Elles glissaient dans le plaisir sans défense, sansagrément, d’une façon animale, n’ayant aucunecroyance, aucune foi, aucune notion sincère'dubien et du vrai.
Sébastien Mercier, le farouche républicain, quine devait mourir qu’en 1814 et qui pouvait consta-ter les hontes du nouveau régime, a écrit comme unpost-scriptum curieux à son Nouveau tableau dePans dans les curieuses pages suivantes sur lesfemmes de 1800 1 .
« Jamais elles n’ont été mieux mises ni plusblanchement parées ; le savon est devenu non moinsindispensable que le pain. Elles sont toutes cou-vertes de ces schalls transparents qui voltigent surleurs épaules et sur leurs seins découverts ; de cesnuages de gaze qui voilent une moitié du visagepour augmenter la curiosité ; de ces robes qui ne lesempêchent pas d’être nues. Dans cet attrait de syl-
:l. Du costume et de l’oisiveté des femmes, par S. Mercier. Journaldes dames et des modes. 15 brumaire an VIII.