NOS DÉESSES DE L’AN VIII. 65
traction de ses soirées; c’était tantôt un concert,tantôt une lecture littéraire, tantôt un spectacleentre deux paravents ; non seulement on y étaitreçu avec une grâce et une simplicité touchante,mais encore on pouvait admirer cette délicieusejeune femme, semblable aux heures d’Herculanum,dansant un pas avec tambour de basque ou scandantla danse du schall, qu’elle avait inventée et qui fai-sait valoir la splendeur de sa poitrine et de ses brasnus, la merveilleuse proportion de son corps enve-loppé d’une tunique à la prêtresse, garnie de fleurset de dentelles. Le vieux chevalier de Bouffi ers, quivenait d’être rayé par le premier consul de la listedes proscrits et qui revenait en France pour yreprendre esprit, disait de M m0 Récamier : « Jamaison n’a vu mieux danser avec ses bras. »
Un autre salon moins brillant, mais qui eut soninfluence, était celui de M m0 de Genlis, à l’Arsenal;cet inépuisable bas-bleu approchait alors de lasoixantaine ; Bonaparte, qui la jugeait inoffensiveaussi bien par son talent que par ses opinions, larappela d’exil, lui donna une pension assez considé-rable avec le logement à la bibliothèque de l’Arsenalet le droit de prendre dans cette bibliothèque tousles livres qu’elle jugerait nécessaires à son usage.M m0 de Genlis prit un jour de réception : le samedi ;chaque semaine, son salon fut de plus en plus fré-quenté par le monde littéraire et artiste ; on compo-
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