NOS DÉESSES DE L’AN VIII. 69
tûmes et dominos pour ces bals de carnaval quifurent très brillants et pleins de fantaisie.
Les dominos noirs et de couleur étaient cepen-dant en majorité ; les hommes portaient le frac et lemasque. Bosio nous a laissé du bal de l’Opéra uneestampe curieuse qui représente la salle en pleineanimation. La grande affaire était d’intriguer sousl’incognito. « On raconte, dit le bibliophile Jacob,que M mo Récamier, si charmante et si séduisante àvisage découvert, perdait sous le masque toute satimidité, quoiqu’elle ne se fût jamais décidée à em-ployer le tutoiement autorisé dans ces causeriesaventureuses. Les hommes d’État, les plus grandesdames, les princes eux-mêmes, aimaient à se mon-trer au bal de l’Opéra. Dans un de ces bals, le princede Wurtemberg reconnaît M me Récamier qui refusaitde se faire connaître ; il lui enleva une bague en sepromenant et lui écrivit le lendemain : « C’est à la« plus belle, à la plus aimable, mais toujours à la« plus fière des femmes que j’adresse ces lignes, en« lui renvoyant une bague qu’elle a bien voulu me« confier au dernier bal. » Le bal de l’Opéra conservajusqu’à la fin de l’Empire le ton et le caractère duplus grand monde 1 . »
Les quelques émigrés qui avaient pu ouverte-ment revenir de l’étranger avaient apporté une cer-
1 . Directoire, Consulat et Empire. Mœurs et usages, par Paul La-croix, bibliophile Jacob.