:6o LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
La belle s’éveille lentement, ses yeux errent in-certains dans le demi-jour de la chambre, elle s’étirelangoureusement dans la chaleur moite des draps;elle passe, comme une caresse, sa main sur sonfront brûlant encore des fatigues de la veille; seslèvres s’entr’ouvrent pour donner place à un léger etnonchalant soupir. Elle sonne enfin ses femmes dechambre pour procéder à son premier négligé, com-posé d’un peignoir en jaconas blanc, ayant une toutepetite broderie en tête de l’ourlet, une chemisette enbatiste à collet rabattu, garnie de Valenciennes, etdes manchettes ornées de même. Elle ajoute à celaun petit tablier en gros de Naples, nuance cendrée,brodé tout autour d’une guirlande en couleurs trèsvives; un fichu de dentelle noué en marmotte sousle menton, puis des demi-gants couleur paille, bro-dés en noir. Elle chausse enfin des pantoufles enpetits points, entourées d’une faveur plissée à petitstuyaux, comme les portait M m0 de Pompadour, etainsi vêtue, elle se rend à la salle à manger où ledéjeuner est servi : un déjeuner mignon, léger, qu’ondirait composé d’œufs de colibri, un doigt de vin deRancio pour mouiller ses lèvres..., ce sera tout.
L’après-midi, l’élégante à la mode revêtira, auxpremiers jours de printemps, une robe en chaly se-mée de bouquets ou de petites guirlandes formantcolonnes ; le corsage drapé ou à schall, en dedans uncanezou à longues manches en mousseline brodée.