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LA FRANÇAISE DU SIÈCLE.
les affiquets dorés qu’on ne craignait pas de mon-trer jusque dans les plus modestes casinos.
Les robes de bals pour les fêtes d’hiver avaientdes accessoires d’un prix incroyable. — En 1869, laduchesse de Mouchy exhiba sur elle, au bal deBeauvais, pour près de deux millions de diamants.Sa toilette se composait d’une robe à traîne en gazeblanche, avec un semé d’argent; une seconde jupecourte, en soie raisin de Corinthe, formait tablierruché; le corsage, très bas, était coupé carrément etsoutenu par des épaulettes étincelantes de pierre-ries ; une large écharpe de fleurs à feuillage ar-genté, prenant sur l’épaule, retombait en biais surla jupe.
La Parisienne aristocratique, il faut le dire, res-tait toujours une individualité, en ce sens qu’elletenait les rênes de la véritable élégance et qu’ellepassait avec une rare intelligence de l’une à l’autremode sans heurter le bon goût. Elle seule — raraavis — possédait le don de ne rien exagérer, et lors-qu’elle s’éprenait d’une originalité, on pouvait suivreses élans gracieux et souscrire à tous ses caprices dujour. La Parisienne, par excellence et par quintes-sence, choisissait avec un grand tact et un parfaitdiscernement aussi bien ses modistes que ses cou-turières ; elle ne se laissait imposer ni les toilettesDismark, ni les corsages casaque, ni les poufs Lam-balle, ni les chapeaux ponceau; elle faisait plutôt