VIII
Toutefois, la matière étant sous certains rapports « d’histoire » dans le sensde Yhistorialis des Latins, conservé chez nous ( historial, qui marque quelquespoints d’histoire. — Dict. de l’Académie française ), il est à propos d’indiquerce qui, dans les documents écrits, apparaît comme la plus lointaine originedu vêtement proprement dit ; non point la primitive ceinture de feuillageservant de tablier de pudeur dans le jardin délicieux, sous la clémence du cielde l’Eden, ni la pièce de fourrure ou d’étoffe qui se drape et ne devient un vê-tement que par l’usage qui en est fait, mais le caractéristique vêtement con-fectionné en vue du bien-être, en raison de l’activité nécessaire à l’hommepour son travail ainsi que pour sa défense ; en un mot, le costume imposé parla nécessité et combiné pour y satisfaire de toutes les façons.
Le premier tailleur d’habits ne saurait être plus illustre que celui désignépar la Genèse, montrant le terrible Jéhovah chassant l’homme du paradis, etle jetant sur une terre « qui lui produira des épines et des ronces » sans toutefoisl’y abandonner entièrement, c’est-à-dire avec un courroux fléchissant, ainsique l’indique ce passage du récit mosaïque : « Le Seigneur Dieu fit aussi àAdam et à sa femme des habits de peaux dont il les revêtit. » De sorte que cespremiers habillements apparaissent comme une pleine confirmation de ce querévèlent aujourd’hui les exhumations des anthropologues, au sujet deshommes des temps glaciaires, qu’ils nous montrent sous des habits de peauxconservant leur poil, tels qu’on les trouve représentés en notre planche double,48-49. Les vêtements eux-mêmes n’existent plus, mais peu importe; leurconservation n’en dirait pas plus que les racloirs ou grattoirs servant à lapréparation des peaux, les percoirs ou les alênes trouant la peau pour lepassage des aiguilles en os, avec les petits polissoirs de grès pour acérerces aiguilles, et enfin les couteaux en silex pour diviser les tendons quiservaient de fil. C’est voir l’habit lui-même que de considérer cet outillagecollectionné dans nos musées.
Et c’est tout un monde, des foules et des foules pendant des séries desiècles, qui se présentent ainsi sous la livrée de notre misère originelle. C’estde ces temps encore si profondément obscurs, de cette longue nuit des tempsprécédant de si loin nos âges historiques, que sont écloses les civilisations,