IX
c’est-à-dire les sociétés ayant prospéré diversement, quand l’immobilité oula rétrogradation n’est point fatalement demeurée la loi, partout où l’indivi-dualité du barbare est restée la maîtresse. Règle non absolue, d’ailleurs,puisque, entre les civilisations complètes et la sauvagerie, nombre de peuplessont devenus et restés des demi-civilisés.
Entre temps, l’homme paraît avoir imaginé le tatouage ou la gravure dela peau pour donner du renfort à son système cutané ; les peaux de toutesles races ont été tatouées, les blanches non moins que les noires, les jauneset les bistrées. Le fait est d’autant plus à noter que, si ce renfort de la peauavait pu devenir un préservatif suffisant sous tous les climats, on peut sup-poser que l’homme n’aurait peut-être pas été amené à l’usage des vêtements.
Au surplus, dans la rapidité des grandes étapes de la Genèse, on netrouve rien touchant les évolutions de l’industrie après le premier pas fait parelle. C’est sans transition qu'e, selon le récit sacré, les fils immédiats de Caïnconstruisent des villes, tandis que d’autres demeurent dans des tentes ; celui-ci est le père de ceux qui jouent de la harpe et de l’orgue ; celui-là, Tubalcaïn,qui eut l’art de travailler avec le marteau, se montre habile en toutes sortesd’ouvrages d’airain et de fer. Le progrès ne chôme pas ; ici ce sont les pendantsd’oreilles et les bracelets de Rebecca, avec les riches vêtements dont sonpère lui fait présent pour son trousseau de noces ; là, c’est la robe de plusieurscouleurs que le vieil Israël fait faire pour son Joseph bien-aimé. Cela estexpéditif et mène droit en plein milieu pharaonique. Or, dès le momentoù la graphie du sculpteur égyptien se substitue à celle du calam, lesmonuments remplacent avec un avantage incomparable toutes les descrip-tions, si souvent plus que sommaires en tout ce qui touche au costume et à latoilette.
Et il en est de même avec Homère, entrant de prime-saut en pleine civi-lisation. Pour ne parler que des textiles, Hélène dans son palais travaille à unmerveilleux ouvrage de broderie, un grand voile brodé par-dessus et par-dessous, tout brillant d’or. La reine Hécube descend dans un cabinet parfuméde toutes sortes d’odeurs les plus exquises, où elle avait quantité demeubles précieux, qui étaient tous ouvrages de femmes sidoniennes, etparmi tous les tapis qu’elle y visite soigneusement, elle choisit le plus grand,
A.