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Tome V.
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celles qui appartenaient aux rangs les plus élevés; car on avait divisé les précieuses en troisclasses distinctes, les illustres, les grandes, et les petites ouïes ridicules. Molière n’avait pumettre sur la scène les grandes dames, et ses femmes savantes ne sont que des bourgeoises.Saint-Jean n’avait point besoin des mêmes précautions, et pour montrer dans son plus beléclat l’une de celles que Ninon de l’Enclos appelait les Jansénistes de l’amour, il l’a entouréede tout le luxe qui convient aux personnes de la plus haute qualité. A l’époque où nous sommes,ce n’était plus dans la capitale que l’on pouvait rencontrer les Précieuses ridicules de 1659;on laissait aux pecques provinciales les affectations du style forcé ; les précieuses de Paris n’é-taient plus guindées sur ce ton-là, mais devenues Femmes savantes, leur affectation fut d’unhéroïsme qu’avec l’aide de Molière, on peut facilement faire ressortir.

De tradition, dans les « académies de la préciosité », l’air galant était de mise; les beautés yétaient des muses. Le poète, selon la définition de Voiture, était un amant du Parnasse. Enfintous les « honnêtes gens » qui hantaient ces milieux savaient par cœur leur Amadis, et, commele dit M ino de Sévigné, on s’y perfectionnait en se frottant à M. de Nevers, « le Damon,jaloux et blême », que Racine et Boileau ont peint d’un trait. « Il a pour le Phœbus une ten-dresse extrême. »

Dans le cercle de M 110 de Scudéry, non seulement on avait prétendu régénérer la langue etla littérature, mais on y exerçait une sorte de suzeraineté sur la mode ; les dames y habil-laient de petits mannequins destinés à servir de types à la parure des femmes du beau monde.Avec le temps, les prétentions se trouvèrent encore haussées, en suivant d’ailleurs ces mêmesmodèles jusque dans leurs faiblesses; car on dit que M Uo de Scudéry même, la grande etl’impeccable Sapho qui, quoique laide de visage, fit naître de vives passions qui ne la touchè-rent point, entre autres celle de Pellisson, s’arrangeait de façon à ce que son Alcante fût àmême d’apprécier tout son mérite, comme on disait alors. La Superbe de Philaminte, de Béliseet d’Armande exprime nettement ce que furent les inhumaines pour lesquelles « désoler lescœurs, était un agréable passe-temps. A force de faire de l’esprit, et de ne mettre que sa musedans les charades amoureuses, la Précieuse devait en arriver à oser dans une singulière me-sure. Il semble que l’on pouvait tout risquer une fois que l’on était « mariée à la philosophie,qui nous monte au-dessus de tout le genre humain, — et donne à la raison l’empire souve-rain, — soumettant à ses lois la partie animale, — dont l’appétit grossier aux bêtes nous ravale. »

Les belles âmes ne brûlaient point de terrestres flammes ! Les sens n’avaient point de partà toutes leurs ardeurs ; le beau feu ne voulait marier que les cœurs. Comme une chose in-digne, on laissait là le reste. C’était un feu pur et net, comme le feu céleste; avec lui, on nepoussait que d’honnêtes soupirs ; on aimait pour aimer, et non pour autre chose. A l’espritseul allaient tous les transports ; on ne s’apercevait jamais qu’on eût un corps. Mais commeces mêmes précieuses conviennent que

Cet empire que tient la raison sur les sens

Ne fait point renoncer aux douceurs des encens,